Saint-Antonin-Noble-Val : visite du village, du marché, pause gourmande et virée en canoë

Suite (et fin) de notre parenthèse en Tarn-et-Garonne, à l’invitation de l’Agence de Développement Touristique du département*. Avec la pétillante toulousaine Cindy, du blog Came True, nous nous rendons à Saint-Antonin-Noble-Val, visiter le village et son marché. Puis nous avons rendez-vous pour le déjeuner à l’Auberge des Sens, une jolie adresse saint-antoninoise. De quoi reprendre des forces avant la virée en canoë dans les gorges de l’Aveyron, qui clôturera ce week-end de blogtrip.

 

Après une nuit dans les étoiles au refuge du même nom, et une visite de la grotte du Bosc, nous rejoignons Saint-Antonin-Noble-Val, village situé à la confluence de deux cours d’eau : l’Aveyron d’une part, rivière capricieuse, et la Bonnette, dont le lit fut jadis dévié pour les besoins des habitants. Tout de suite après le pont qui a permis de relier le village aux trois provinces alentours (l’Albigeois, le Quercy, le Rouergue), on tombe sur une bâtisse appelée La Maison du Roy, construite au XIIIe siècle, qui nous transporte directement dans l’histoire des lieux.

   

La Maison du Roy date de la période où la ville a été cédée au roi de France, Saint Louis (Louis IX), après la croisade des albigeois contre les cathares. Elle est typique de l’époque : ses belles arcades en ogive permettaient d’accéder à un commerce, en rez-de-chaussée, dont le loyer était restitué au Roi. Au-dessus du commerce se trouvait un logement, un peu plus luxueux, comme en témoignent les fenêtres géminées. La matinée touche à sa fin, le soleil est brûlant et la ville est très animée en ce jour de marché. Alors on part se balader dans les rues, à la recherche d’un peu de calme et de fraîcheur.

   

Saint-Antonin, c’est un dédale de passages couverts, de maison à colombages, de ruelles escarpées et autres venelles… Quel plaisir de musarder, de bifurquer ça et là, au petit bonheur la chance. J’avais déjà visité le village quelques années auparavant avec mon amoureux du moment qui, lassé de me perdre tous les deux mètres, était parti s’installer au café du village en signe de protestation. Mais ce matin, vu que Cindy se laisse happer autant que moi par les vieilles pierres, je peux m’en donner à cœur joie côté photo !

   

On avance doucement vers le centre du village quand nous tombons sur l‘église Saint-Antonin (XIXe siècle), accolée à l’abbaye des génovéfains et érigée a priori sur les restes d’un ancien temple. De ses portes s’échappe une irrésistible fraîcheur. À l’intérieur, on découvre des vitraux et des verrières mettant en scène des épisodes bibliques, et représentant les saints patrons des paroisses et autres congrégations du coin. Un ensemble de baies dans le chœur raconte quant à lui la légende d’Antonin de Pamiers, premier évangélisateur du Rouergue, qui a donné son nom au village.

Selon la légende, il aurait été décapité à Pamiers, et son corps jeté dans l’Ariège. Des anges auraient alors déposé ses reliques dans une barque qui, guidée par deux aigles blancs, aurait navigué jusqu’à la confluence de la Bonnette et de l’Aveyron, où elle se serait amarrée définitivement. Mais peu importe la signification de ces vitraux : tout le monde peut apprécier leurs élégants jeux de lumières qui colorent la pierre blanche et le sol de l’église.

 

Les ruelles sinueuses de Saint Antonin foisonnent de détails qu’on pourrait tous prendre en photo. Notamment les vieilles portes et leurs heurtoirs, et des enseignes de commerce totalement désuètes. Je m’arrête devant celle d’un café disparu, rue du pont de l’Aveyron, puis près de la devanture du magasin Brousses qui vente ses montres Zenith. Plus loin les lettres Au Chic Parisien s’effacent peu à peu, et les portes de la boutique Fonsagrives sont fermées : on ne saura pas quel type de marchandises elle abritait.

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Côté architecture, c’est la fête aux arcs brisés, en pleins cintres, aux arcs gothiques ou en ogives médiévales, aux linteaux en accolade ou en plate-bande ! Il y en a partout. J’imagine que mêmes les habitants de la cité médiévale doivent découvrir ça et là des détails qui avaient échappé à leur attention.

 

Dans cet enchevêtrement de vieilles demeures, la ferronnerie n’est pas en reste : heurtoirs de porte, serrures en forme de cœur et poignées anciennes ornent les entrées des maisons.

   

Et en relevant la tête, le regard est happé par une foultitude d’ornements, témoins de l’époque médiévale de la cité. Certains se trouvent encore dans leur contexte d’origine, mais la plupart ont été réinstallés au gré des modes et des envies des propriétaires. Sur la Maison Muratet, place de la halle, on trouve ainsi des modillons représentant un visage de femme et sanglier mordu par un chien. Un “corbeau” à l’effigie d’un petit démon tire la langue aux passants, tout comme le personnage d’une œuvre éphémère, installée par l’artiste Pierre-Yves Cognée.

La sculpture la plus célèbre de Saint Antonin est sans aucun doute celle de La Maison de l’Amour. La bâtisse a été détruite par les inondations de 1930 qui ont ravagé le village, ne laissant derrière elles qu’une arcade sculptée montrant une femme et un homme en train de s’échanger un baiser. Certaines rumeurs disent que se tenait là un établissement de bains, d’autres que la sculpture était en fait l’enseigne une maison close

   

Les eaux de la Bonnette, qui longent Saint Antonin à l’ouest avant de se jeter dans l’Aveyron, ont été divisées en plusieurs canaux sillonnant le village, et qui jadis alimentaient aussi bien l’abattoir, les ateliers des tanneries, de draperies et les teintureries. On tombe régulièrement sur des alignements de maisons construites au bord de ces petits ruisseaux. Par exemple ici, dans la rue Rive Valat, dont je vous offre mes plus beaux contre-jours…

   

En errant ainsi à travers les ruelles, on finit par tomber sur une autre bâtisse célèbre, la Maison Romane, plus vieil édifice civil de France, construit à l’époque où Saint-Antonin était placé sous l’autorité d’un vicomte. La fonction de ce lieu a longtemps fait débat du côté des spécialistes, car la “maison” a été modifié eau XIXe siècle par l’illustre Viollet-le-Duc. L’architecte avait déjà “sévi” en l’Occitanie… Sa spécialité : le “relookage” architectural, à base d’interprétations très personnelles et d’ajouts anachroniques, comme sur la basilique Saint-Sernin et le musée Saint-Raymond, à Toulouse. Ici, son amour pour les villes toscanes lui a fait rajouter un beffroi de facture méditerranéenne sur un bâtiment datant du début ou du milieu du XIIe siècle ! Mais on doit aussi à Viollet-le-Duc un grand nombre de croquis et de plans qui ont servi par la suite à interpréter l’ensemble de la maison.

Selon les historiens, la Maison Romane était à l’origine une maison privée. Elle serait devenue plus tard une sorte de palais de justice, sous l’appellation de “maison du viguier du vicomte”, le viguier (du latin vicarius) étant un administrateur représentant ce dernier. Son rôle : gérer les affaires courantes et les petits délits (problèmes de bétail, injures et autres contentieux) pour le compte des vicomtes, et prélever les taxes et le paiement des amendes. Au rez-de-chaussée se trouvait, comme pour la maison du Roy, une série d’échoppes. Au premier se tenait la salle du palais, et au second, la partie de la bâtisse réservée au logement du viguier.

   

La maison, située en plein cœur du village, en face de la principale place publique (celle du marché), lançait un signal fort en direction de la population. Sa façade mettait en avant la fonction judiciaire du bâtiment. Les chapiteaux sculptés illustraient les règles morales à suivre au sein de la cité, à une époque où seules les personnes issues d’un certain rang savaient lire. La bâtisse possède ainsi tout un programme sculpté, très symbolique, représentant les vices humains : la colère, la médisance et la calomnie, la bestialité, le péché originel. Il est même possible que ces éléments aient été peints en couleurs pour plus de visibilité ! C’était presque une BD. Note pour plus tard : revenir avec une paire de jumelles pour observer tout cela de plus près !

Sur la place de la Halle, il n’y a pas quel le beffroi de la Maison Romane qui rappelle l’Italie. Les cours intérieures ne sont pas en reste. Avec Cindy, nous avons pu nous glisser dans l’une d’entre elles grâce à la gentillesse d’une commerçante qui tenait une boutique en rez-de-chaussée, dans la Maison Léris ou Bromet (nom d’un orfèvre local). Nous y avons découvert une cour splendide, de couleur ocre-jaune. En haut d’une porte, une sculpture a attiré notre regard : deux lions tenant un blason,  inscrits dans un médaillon végétal en bas relief, entouré de guirlande. enfin, c’est ce que j’ai trouvé en fouillant sur la base de données du patrimoine de la région. Perso je voyais plutôt des singes ou des griffons, dans un truc non défini en forme de rond !

   

Je vous l’ai dit plus haut : Saint-Antonin regorge de détails sculptés. Même la halle du marché abrite une petite merveille : une croix discoïdale du XVIe siècle provenant de l’ancien cimetière du village. Ses deux faces sculptées représentent d’un côté le Christ en croix entre la Vierge et saint Jean, et de l’autre la Vierge et l’Enfant (vous devrez me croire sur parole, j’ai oublié de la prendre en photo).

L’heure tourne et il est temps de faire un tour du marché de Saint-Antonin avant le déjeuner. Les vacanciers sont venus en nombre découvrir – comme nous – le marché du village en pleine période estivale. Hors saison, le marché est bien différent : quelques stands sous la halle, dans une atmosphère familiale, presque intime (tout le monde semble se connaître une fois les touristes partis).

Alors qu’aujourd’hui, Aujourd’hui, c’est la foule des grands jours. Les stands se sont multipliés : ils s’étendent un peu partout, sur les pourtours de la place et jusque dans les ruelles alentours. L’ambiance est bonne enfant, Saint-Antonin s’anime sous la rumeur du bagout des commerçants. En effet, ces derniers babillent, haranguent les passants pour vanter leur marchandise et fairet rigoler les badauds. Fromages, charcuterie sèche, fruits et légumes mûrs et autres bons produits de la région ne demandent qu’à rejoindre le panier de pique-nique.

   

Pas de pique-nique pour Cindy et moi car nous sommes attendues à l’Auberge des Sens. Nous ne sommes pas mécontentes de nous extraire de la foule pour rejoindre cette belle terrasse au calme, installée sous une impressionnante vigne vierge. Laurence et Stéphane Jaumouille proposent ici une cuisine fraîche et gourmande, à base de produits locaux de saison. Les plats sont délicieux, et terriblement appétissants.

   

Dans nos assiettes joliment dressées, c’est un carnaval d’effluves, de formes et de couleurs. Et en plus on est reçues avec de larges sourires, ce qui ne gâche rien ! Je vous recommande vivement cette adresse conviviale, qui a déjà ses habitués (pensez à réserver) ! Vous pouvez aussi visiter la page Facebook du restaurant, les menus y sont régulièrement annoncés.

Mais pas le temps de traîner, on est déjà en retard pour notre virée en canoë ! Un café, et c’est reparti (heureusement, on n’a qu’on a bu que de l’eau à table).

   

Cette partie de notre blogtrip, la dernière, pourrait sobrement s’intituler De l’art de naviguer à contre-courant. Je vous explique. Nous sommes arrivées très en retard chez le loueur de canoë. Difficile de respecter notre emploi du temps à la lettre avec la foule estivale. L’équipe de Évasion Canoë nous a attendues un bon moment et puis, pensant que nous allions manquer à l’appel, les canoës individuels qui nous étaient réservés ont été remis sur le marché. Seule embarcation disponible : un canoë biplace. Et là, c’est le drame, dit le commentateur. Tout d’abord, la rivière en-elle même n’est pas très facilement accessible depuis les rives de Saint-Antonin. Des “rampes de lancement” ont été installées pour permettre aux canoës de descendre dans l’eau sans danger. Un dispositif qui a eu sur nous un effet digne d’une attraction foraine. Toutes nos excuses à l’équipe qui a dû subir une sévère perte d’audition à cause de nos cris suraigus lors de la descente.

   

Une fois à l’eau, nous nous sommes découverte une passion commune, avec Cindy : fendre les flots telles des amazones des mers, les cheveux aux vents, pagayant avec grâce, telles des Pocahontas aveyronnaises… Oui, mais à reculons. Après moult tentatives de coordination, on a lâché prise, on s’est laissées portées par le courant, en serpentant dans les méandres, dans un sens ou dans l’autre, et régulièrement de travers… Mais ça ne nous a pas empêchées d’admirer les paysages escarpés des gorges de l’Aveyron, la forêt alluviale, et les causses majestueux se dressant au-dessus de la rivière. Et même à contre-courant, tout ça, c’est très beau.

   

Bilan

Saint-Antonin-Noble-Val, un village classé, mais vivant ! Je conseille d’y passer au moins la demi-journée (ou la journée entière voire la nuit si vous êtes accompagné·e d’une blogueuse).

Côté nature, si vous avez la bougeotte, vous pourrez crapahuter sur l’un des 3 rocs qui entourent le billage : le roc d’Anglars, le Roc Deymié et le Pech Dax. Idéal pour profiter des panoramas sur la cité médiévale.

Encore un peu plus haut ? Contactez l’école de cerfs-volants de Saint-Antonin ! Au programme : initiation au vol, atelier de fabrication et spectacles en tout genre.

Si vous avez la flemme, s’il fait trop chaud, vous pouvez tout simplement déguster des boissons fraîches au café de la Halle, puis flâner sur les berges de l’Aveyron, le long de la charmante promenade des Moines. Son escalier monumental vous plongera dans le passé du village, à l’époque où Saint-Antonin était une destination de choix le tourisme thermal.

Toutes les informations sur le site de l’office du tourisme.

Accès en transports en communs

gares SNCF les plus proches :

Caylus, au nord, 12 km

Lexos, à l’est, 13 km. A priori, une connexion avec les Circuits vélo du pays Midi-Quercy est possible !

Caussade, à l’ouest, à 18 km de Saint Antonin.

Où dormir ?

Au refuge des étoiles, pardi ! Voir mon article ici

Hébergements alternatifs :

  • Connaissez-vous le Gamping ? Cette contraction des mots anglais “garden” et camping désigne tout simplement le camping chez l’habitant !
  • on n’oublie pas le super site de l’association Accueil Paysan qui propose des gîtes, des chambres d’hôtes et même du camping à la ferme.
  • à surveiller de près, le site des Oiseaux de Passage, la plateforme de slow tourisme qui s’implante doucement sur le territoire.

 

 

 

*Petite précision éditoriale : s’il peut m’arriver parfois d’être invitée à découvrir des destinations, je ne suis pas pour autant rémunérée pour écrire mes articles. Je reste entièrement libre de donner mon avis sur les activités proposées. Les contenus que je publie, les réactions enthousiastes que je peux avoir, sont le reflet de mon expérience, de ma personnalité, et de mes centres d’intérêt (nature, patrimoine historique, flâneries, contemplation) !

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