Junk Food Book

Chronique diffusée lundi 5 novembre 2018 dans l’émission Excusez-moi de vous interrompre sur Radio Mon Païs- 90.1.

 

La semaine dernière, pendant que certains se vautraient dans le stupre et la luxure des vacances, d’autres bossaient à plein régime, voire se tapaient ce qu’on appelle communément une méga charrette. Et qui dit charrette dit repas pris sur le pouce.

Burgers, pizzas, mais aussi tacos, rolls ou wraps ont pignon sur rue dans les vitrines réfrigérées des boulangeries de la ville rose. Dans les magasins métro, enseigne réservée aux professionnels de la restauration, on trouve aujourd’hui plusieurs dizaines de mètres de rayonnage de sauce biggy burger, samorai, algérienne, ketchup, barbecue, ranch et autres douceurs dont on peut allègrement se tartiner le colon.

Ce qui nous ramène au sujet du jour : la junk food, ou la malbouffe, thématique au cœur de Junk Food Book, le premier album BD de Noémie Weber, paru chez Gallimard.

junk food book noémie weber  junk food book noémie weber

Noémie nous y propose un monde distopique où la junk food est devenue légion. À Malbouffe-City, la ville aux 500 000 fast-foods, les paysans faisant pousser des légumes sont traqués, et les potagers clandestins, qui fleurissent dans les interstices des constructions de béton, sont régulièrement démantelés lors des opérations coup de poing menées par les autorités locales.

Justement, le fils d’un trafiquant de légumes, encore bébé, est abandonné dans un fast-food, et recueilli par les employés du restaurant. Devenu plus grand, enfant sauvage au pays des nuggets, Pépito vit dans une chambre-friteuse et s’entraîne avec enthousiasme au concours de goinfrerie, le sport national.

Pendant ce temps, le maire de Malbouffe City, également gérant de la méga chaîne de restaurants Hungry Tiger, cherche désespérément l’enfant, dont la particularité est d’avoir une tâche de naissance en forme de carotte sur le torse. Son objectif : récupérer le môme pour tendre un piège à son père, un dangereux terroriste pro-légumes.

Au même moment, un marché illégal de revente de brocolis, de pois chiches, de topinambours se met en place dans des réseaux parallèles. Les jeunes du pays, dont les organismes sont habitués aux acides gras saturés, atteignent les paradis artificiels en s’envoyant des végétaux riches en antioxydants, en carotène et en vitamine B.

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Bref, Junk Food Book revisite Le Livre de la Jungle façon double cheese-burger.

Je recommande vivement cet album, plutôt adressé aux ados et pré ados, mais aussi très sympa à lire pour des adultes. La BD amène un thème passablement relou, les coulisses de la malbouffe et la diététique, avec une histoire ludique, bien ficelée, et une galerie de personnages attachants.

Deux mots sur l’auteure, Noémie Weber, ex-professeure de français à Genève, qui signe sa première BD après un album jeunesse sorti en 2011. Fan de bande dessinée depuis sa jeunesse, elle a attendu 2005 pour se lancer réellement, en quittant son poste de prof pour s’inscrire dans une formation dispensée par l’école strasbourgeoise l’Iconograf.

Elle a été repérée il y a quelques années au festival d’Angoulême dans la catégorie Jeune Talent, qui récompense les dessinateurs non publiés professionnellement. Noémie Weber présente ici un travail solide graphiquement, avec beaucoup de jeux de couleurs et de transparence, et un trait très assuré.

Noémie Weber s’est installée il y a peu dans la région toulousaine. Elle sera en dédicace samedi 10 novembre à 17h à la librairie Ombres Blanches, une librairie indépendante (donc vous pouvez vous y procurer l’album, qui d’ailleurs coûte 17 euros).

Plusieurs bibliothèques de Toulouse ont dores et déjà commandé Junk Food Book. Cette BD sera donc bientôt disponible à la bibliothèque des Minimes, à la bibliothèque Pinel et à celle des Pradettes.

Voilà ! Vivent les légumes !

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