Escapade de 3 jours à Laguépie, en solo

Partir. Respirer. Flâner. Flotter. C’est le programme que je me suis préparé l’été dernier. Une récompense de déconfinement, offerte à moi-même. Une matinée de début août, je me dirige vers la gare Matabiau, à Toulouse, avec mon sac à dos. Destination : Laguépie, petite commune aux confins du Tarn-et-Garonne. Au programme : 3 jours et 3 nuits en solo, dans un écrin de verdure, au bord du Viaur, une rivière magique.

 

Mais commençons par le commencement. Du Viaur, je ne connaissais jusque là que le tronçon se situant du côté de Pampelonne, dans le Tarn. Un coin que j’avais trouvé un peu tristou lors de mes visites, hors saison. Le soleil semblait peiner à percer l’épaisse végétation. Le long de la rivière, des pans de brume passaient sur les flots, dans ce lit sombre creusé par les eaux en contre-bas des collines du Ségala.

À la recherche d’une destination proche de de Toulouse où m’exiler pendant quelques jours, j’ai cependant suivi les conseils d’un ami qui m’a chaudement recommandé la commune de Laguépie. Quelques recherches sur le Net, quelques clics et c’était décidé : direction le Tarn-et-Garonne.

   

8 heures du matin. Je quitte la fournaise toulousaine. 1 heure 15 de trajet, et me voilà en gare de Laguépie. Je me suis trouvée une petite chambre de dernière minute dans un gîte au centre du village. En à peine cinq minutes de marche, j’arrive à la bonne adresse. Après un coup discret sur la porte cochère, madame Cuvelier m’invite à entrer dans son joli gîte de France classé “un épis”. Une salle à manger donne sur une belle terrasse ombragée, prolongée par un jardin foisonnant. Dans l’entrée, un grand escalier dessert les deux étages du gîte. On m’a réservée une jolie chambre au second. Mais que pour une nuit : dès demain, m’informe madame Cuvelier, je grimperai un demi étage plus haut pour bénéficier d’une chambre encore plus grande, avec sa propre salle de bain. Et toujours avec vue sur le jardin.

   

Je m’assois sur le bord du lit. J’ai un peu de mal à réaliser que ça y est, je suis en vacances. Je déballe quelques affaires, attrape serviette, maillot de bain, bouquins et clopes. Direction le café du village (Le Bar du Viaur) pour le petit déjeuner, qui consiste en une bonne dose de boisson caféinée. Ça y est, je suis d’attaque pour piquer une tête.

Laguépie forme une sorte d’îlot, lové contre le bras de l’Aveyron, d’un côté, et celui du Viaur, de l’autre. La baignade est possible dans ce dernier, en plein coeur de village. Les eaux de l’Aveyron sont plus boueuses, et moins facilement accessibles. Une plage a été aménagée sur le Viaur. Elle est équipée de pontons, et de jeux d’eaux, à faire en famille et entre amis, pour le bonheur des estivants et des habitants. La baignade est surveillée toute la journée.

Laguépie a obtenu le label Pavillon bleu il y a quelques années. Une belle récompense  pour l’engagement écologique de la commune et de ses habitants. Et c’est vrai que l’eau est particulièrement claire, même au niveau de cette portion de rivière plus fréquentée que les autres. La turbidité de l’eau quasi inexistante. Je laisse mes affaires dans un coin, et m’éloigne peu à peu de la petite foule. Je remonte la rivière sur une centaine de mètres, et je me laisse envahir par un sentiment de liberté immense.

Mais l’heure tourne à une vitesse folle. Si je veux profiter du marché, il faut que je m’active. Laguépie compte 600 habitants à l’année, et le double l’été. Le village est bien achalandé en terme de commerces de bouche * : une supérette, une épicerie, un boucher, des cafés et des bars, deux restos, une pizzeria, et un marché qui a lieu deux fois par semaine. J’achète quelques fruits et légumes, du pain, du fromage. Me voilà parée pour le déjeuner. De l’autre côté du Viaur, le château de Saint-Martin-Laguépie surplombe la rivière et sa petite vallée. Il me fait de l’œil…

Va pour une cession de grimpette ! C’est le premier jour des vacances et j’ai la bougeotte. Je traverset le pont de Laguépie, et passe dans le Tarn. Laguépie se situe en effet à l’extrême est du département, à quelques dizaines de mètres du Tarn, d’un côté, et de l’Aveyron, de l’autre. J’ai aussi changé de commune : ici, c’est Saint-Martin-Laguépie, ancien un bourg du village, avant la création du département.

Mais revenons à notre château. La bâtisse est appelée Lou Viel Castel (“le vieux château”). Elle a même son propre compte Instagram, grâce à l’association de sauvegarde du site. La façade qui donne sur la rivière est en ruines, mais à l’arrière, les rénovations des dépendances sont bien visibles.

    

On ne sait pas de quand date précisément la construction du château. Il faut dire qu’au fil des siècles, le village en a vu des vertes et des pas mûres. Il a été détruit au XIIIe et au XVIe siècles, notamment pour des raisons religieuses (on est ici en pays cathare). À la Révolution, le château, qui appartenait alors à un baron, a été pillé et démantelé. Ses pierres ont été utilisées par les habitants pour des constructions diverses, dispersées dans les environs. Au XXe siècle, ce qu’il en restait a été cédé à la commune.

Impossible de rater l’édifice, tant il domine Laguépie, visible de toutes parts. Quant à moi, je profite du point de vue sur le village, bien installée sur un banc, à l’ombre. C’est l’heure de sortir mon fidèle Douk-Douk, et de déballer mes victuailles. Je casse-croûte tranquillement. Mais déjà le soleil tourne, et vient me chauffer la nuque et les épaules. La rivière, et la promesse de ses eaux fraîches, m’appellent…

   

Les berges commencent à être bien animées. Trop de bruit, trop de monde pour moi. J’ai besoin de calme. Je dépasse le gîte et je m’engage sur le Cantou del Marot (si quelqu’un possède la traduction du nom, je suis preneuse). Ce petit chemin accessible à pied ou à vélo remonte la rivière. Je me mets en quête d’un coin tranquille, mais les berges sont ici difficilement accessibles. Je pique une tête au niveau du camping municipal les Tilleuls, et me fais sécher au soleil, avant de me remettre en route. Le chemin s’enfonce progressivement dans la forêt. Les berges du Viaur se font plus sauvages, et d’autant plus attirantes. Mais la plupart sont signalées comme appartenant à des propriétés privées. À part ce petit coin, sur lequel je jette mon dévolu, et ma serviette.

   

Je sors mon bouquin. J’alterne lecture et trempette. Et tout à coup, il est déjà plus de 18 heures ! Je repasse au gîte, prendre une douche. Puis je m’en vais rejoindre le café du village pour un petit apéro en solo, avant de chercher une pizza, que je déguste au bord de la rivière. 22 heures. Retour au gîte, lecture, rêveries, et extinction des feux.

   

Le lendemain matin, je prends mes quartiers dans une nouvelle chambre. Effectivement, elle est bien plus grande. Je descends dans le jardin pour le petit déjeuner. Je dévore mes tartines. Aujourd’hui, je pars en rando sur le Sentier de Grande Randonnée 36, ou GR 36, pour les intimes. 14 kilomètres jusqu’à Najac, où je pourrais récupérer le train qui me ramènera à Laguépie.

   

Même si les températures estivales sont moins impressionnantes qu’à Toulouse, il fait déjà super chaud, et le chemin qui longe l’Aveyron n’est pas aussi ombragé qu’espéré. Je grimpe depuis un moment, quand tout à coup ça me frappe. Je dois me rendre à l’évidence : je suis claquée. Pas assez en forme pour faire 15 bornes de rando en plein cagnard. Je m’arrête et prends la décision de rebrousser chemin. Il faut savoir s’écouter. Et lâcher prise. Mais je suis quand même déçue de devoir changer mes plans.

   

Finalement, ce moment de déception passe assez vite. Revenue à mon point de départ, je pique une tête au pavillon bleu, directement. Puis je reprends le chemin de la veille, toujours en quête d’un coin plus paisible au bord de l’eau. J’interroge l’équipe du camping. Une serveuse originaire de Laguépie m’indique un spot, et me le décrit brièvement. C’est un peu plus loin que le Moulin de la Baute où j’ai rebroussé chemin la veille.

   

Je ne préciserais pas ici sa localisation exacte, car il se trouve sur un terrain privé. Je l’ai tout de suite appelé le coin secret. C’est là que je vais passer les deux prochaines journées, à rêvasser toute seule, tout d’abord, puis à converser avec Marie, une copine du Ségala que j’ai invitée à squatter “mon” coin et mon arbre, le temps d’une journée.

   

Le Viaur tire son nom d’une appellation romaine, la “Via aurea”, ou voie d’or. Ça se rapporte à une légende : il y a fort longtemps, des fées vivaient dans le coin et aidaient les paysans dans leurs tâches quotidiennes. Le soir, elles partaient se prélasser dans le Viaur, laissant leurs longues chevelures dorées flotter dans la rivière. Quelques cheveux s’échappaient parfois, se mêlant à l’eau, et l’irisant de reflets d’or. Les fées auraient été chassées des lieux à l’époque du christianisme… Mais l’onde du Viaur a gardé les teintes mordorées de leurs chevelures. Pour l’heur, c’est sur une salicaire que mon attention se focalise, Lythrum Salicaria, et ses inflorescences rosées. On mangeait ses feuilles autrefois, en période de disette

   

Un peu plus loin, des pêcheurs. Sinon, rien. tout est paisible. Je laisse derrière mois la fatigue des mois de confinerie et celle de la reprise d’activité sur les chapeaux de roue. Pendant tout le confinement, j’ai rêvé de cette “récompense” : me poser au bord d’une rivière, voir les branches des arbres se balancer sous une brise légère, observer les changements de lumière à la surface de l’eau, écouter les feuilles frémir et les oiseaux chanter. Besoin de silence, de faire tomber les murs pour voir l’horizon. Sentir la caresse chaude d’un rayon de soleil sur la joue…

   

Rentrée au village, comme d’habitude à la tombée de la nuit, je file au café pour siroter une bière. J’ai de la chance : le balcon au fond du bar, qui donne sur la rivière, est désert ce soir. Mon téléphone ne capte pas ici. Très bien. Je me sens encore plus libre. Même si je voyage régulièrement en solo, il peut m’arriver parfois de me sentir étrange, presque mal, du fait d’être toute seule. Alors que là, je suis sereine. Dans une solitude apaisée. Et apaisante. Hors du temps.

   

J’aurais pu terminer ici cet article, mais vous imaginez bien que je ne vais pas vous quitter avant d’avoir causé un peu vieilles pierres ! Si vous passez à Laguépie, une montée jusqu’au château s’impose, mais vous pouvez aussi grimper jusqu’à un point de vue situé en cœur de village, rue du Puech Haut. Ce sera l’occasion d’admirer les berges de l’Aveyron, le village, et de découvrir l’une des croix monumentales dispersées dans les environs. Elles ont été installées sur un chemin de croix à l’occasion d’un jubilé en 1826, et représentent toutes, en leur centre, un ostensoir soleil.

   

De l’autre côté du village, vous pourrez contempler les eaux calmes de l’Aveyron, juste avant la confluence des deux rivières. Sur le barrage, un vieux moulin et ses dépendances tiennent encore le coup. Devant la bâtisse, une meule. On distingue encore l’empreinte de 4 gros sillons à la surface de la pierre.

   

De sa source jusqu’à la confluence avec l’Aveyron, le Viaur comptait quant à lui une cinquantaine de moulins (essentiellement à farine). En face du pavillon bleu, juste avant la “chaussée” (pente d’eau) qui sert désormais de de terrain de jeu aux baigneurs, un autre moulin est encore visible. À deux pas de là, le long des berges du Viaur, on peut apercevoir une série d’arcades sous la route qui surplombe la rivière, en-dessous du château.

À cet endroit, le Viaur est vraiment très peu profond : c’est le “petit bain” pour les familles, qui s’amusent à faire des barrages avec les pierres de la rivière. Dans l’origine du nom de Laguépie, il y a le mot gué. Un passage à gué était probablement possible ici, depuis fort longtemps, et  bien avant la construction du pont.

   

Si en plein mois d’août la rivière ressemble à un pédiluve, il ne faut pas s’y méprendre. Le Viaur peut être impétueux (il l’a d’ailleurs rappelé assez récemment). En témoigne la hauteur de certaines installations, comme ce ponton et la cabane qui le jouxte, qui ont dus connaître des crues impressionnantes !

   

Enfin, difficile de se lasser de la vue sur le pont multi séculaire, et ses grandes arches évasées. Trait d’union entre le Tarn et le Tarn-et-Garonne, c’est l’un des plus anciens ponts de la région. Élargi au XIXe siècle, il est emprunté aujourd’hui par toutes sortes de véhicules, notamment des camions, dont les passages réguliers, et les bruits qu’ils produisent, inquiètent certains habitants.

   

Trois journées et trois nuitées à Laguépie… Et c’est déjà le dernier matin, la dernière tête piquée dans le Viaur, les dernières brassées pour remonter le lit de la rivière. Je repasse au gîte prendre mes affaires, je laisse derrière moi les accents chantants de madame Cuvelier, la belle terrasse, le jardin et les nombreux pots de Tamaya. J’ai un peu de temps avant le départ du train, aussi je m’assieds une dernière fois au bord de l’eau. Je ferme les yeux. J’hume la fraîcheur de l’air. La plage commence à s’animer, j’entends la rumeur des enfants qui s’ébattent dans la rivière.

Un dernier regard sur l’Aveyron, le barrage du moulin et l’usine chaussures de sécurité, une entreprise locale menacée, mais qui, comme le pont de la ville, tient bon jusqu’à présent.

   

Le train démarre et je m’éloigne avec des images plein la tête, que vous ne trouverez pas en photos ici. Ces moments où je suis partie nager très loin dans la rivière. La lumière filtrant à travers les rideaux de la chambre. La vue depuis le château la nuit où j’y suis montée juste avant le lever du soleil. Les myriades d’étoiles, comme autant de diamants. Et chaque jour, le scintillement sans fin des eaux du Viaur. Pour sûr, les fées existent.

 

Mon séjour à Laguépie

 

Chambre d’hôtes de madame Cuvelier – Rue du Barry – 05 63 30 27 67

Tarifs et photos sur le site Gîte de France et sur le site de l’office du Tourisme

 

Marché de Laguépie

le mercredi et le dimanche, sous le foirail

 

* Autres commerces de Laguépie 

Point presse, pharmacie, quincailler… Vous pouvez en voir le détail sur le site de la mairie.

 

Camping municipal de Laguépie Les Tilleuls

Infos et tarifs sur le site de la mairie

Accès à pied ou à vélo via le Cantou del Marot

Le bar-snack et son équipe sont sympas.

 

Randonnées au départ de Laguépie

Chemin de Lauressie PR3 – 2h – 8 km

Les Cauzeries PR4 – 2h – 8 km

Rives et Coteaux du Viaur PR9 – 3 h – 9,5 km

GR 36 de Tronçon de Monteils aux Cabannes – 33,5 km

de Najac à Laguépie, via Mergieux : 14 km – 3 h 45. Possibilité de prendre le train à l’aller ou au retour.

 

Si vous passez par là…

À 20 km de Laguépie, découvrez le marché nocturne de Monestiés le jeudi, en été ! Infos par ici.

4 Comments

  • Avatar Navarro dit :

    Bonjour vos commentaires sont super, mais je regrette que vous ayez oublié des commerces la pharmacie ! le quincailler ! les concours de pétanque ! et la braderie de vêtement ! bonne continuation. c d t Violette

    • alison alison dit :

      Bonjour, et merci pour ces précisions ! Je n’ai pas eu le temps ni le besoin d’utiliser ces commerces lors de mon séjour, mais je les ai mentionnés en fin d’article suite à votre commentaire. Bonne journée !

  • Avatar Jean Galtayries dit :

    Merci madame pour cette publication .Un encouragement pour ceux qui s.investissent (ou se sont dévoués ) pour que ce coin du Rouergue continue de (bien) vivre !En espérant que vous retrouverez Bientot nos rives du Viaur et que votre courage vous conduira jusqu’ au hameau de Laval ( belle chapelle ) lové au fond de la vallée à 6 km (ombragés ) du camping ” les Tilleuls !

    • alison alison dit :

      Bonjour, et merci pour votre commentaire ! Je ne manquerai pas de me rendre à Laval la prochaine fois ! L’occasion peut-être de m’essayer au vélo sur les routes alentours… Bonne journée !

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