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Saint-Guilhem : une oasis en plein « Désert »

C’est à 40 kilomètres à l’ouest de Montpellier, dans les contreforts du plateau du Larzac, que se cache le village de Saint-Guilhem-le-Désert. Situé au cœur des gorges de l’Hérault, ce petit joyau architectural est aussi un spot de baignade, de loisirs nautiques et de randonnée. Il est classé au patrimoine mondial de l’Unesco au titre des Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle, fait parti des Grands sites de France, et a également été élu « plus beau village de France ». Bref, un village triplement classé, mais pas surclassé !

Un road trip, mais sans la voiture

« Et si on partait quelques jours dans la nature ? Moi, j’irais bien dans les gorges de l’Hérault… Genre, un road trip entre copines… Mais on n’a pas de voiture, ni le permis d’ailleurs ! Et alors ? On se débrouille autrement ? Chiche ? Challenge accepté ! »

Vue sur le village de Saint-Guilhem-le-Désert, au fond du val de Gellone.On aperçoit les anciens remparts du village.

Saint-Guilhem-le-Désert, au fond du val de Gellone, dans l’Hérault

Un train, un tram, un bus : il n’en faut pas plus pour rejoindre Saint-Guilhem-le-Désert depuis Toulouse. Après un trajet Toulouse-Montpellier en train, un tram (le TAM) nous amène aux limites de la ville. Puis une ligne de bus à 1 euro (la 308) nous conduit jusqu’à Saint-Guilhem. Terminus, tout le monde descend !

Et au milieu coule un village

Nos sacs sur le dos, on découvre le village, très animé en ce milieu d’après-midi. Et pour cause : Saint-Guilhem-le-Désert est le site le plus visité du département ! 250 âmes y résident à l’année, mais en juillet-août, c’est l’effervescence !

La maison Lorimy, dans la rue principale de Saint-Guilhem

La maison Lorimy, dans la rue principale, et ses belles fenêtres géminées.

Après avoir déposé nos bagages dans le petit appartement loué pour quelques jours, nous partons découvrir les lieux. On trotte dans les petites ruelles qui descendent tranquillement jusqu’aux gorges de l’Hérault.

Ruelle longeant le Verdus à Saint-Guilhem-le-DésertRuelle longeant le Verdus à Saint-Guilhem-le-Désert

Saint-Guilhem, c’est une coulée de maisonnettes, blotties les unes contre les autres dans un pli montagneux. Et organisées autour d’une artère centrale, la rue du Font du Portal. Finalement, une fois passée cette rue principale, c’est plutôt calme.

vue sur le village de st-Guilhem, et les falaises alentour.

Les maisonnettes blotties les unes contre les autres, au bord du ruisseau le Verdus

Mais pourquoi Saint-Guilhem ?

Le village tient son nom de Guillaume d’Orange, dit aussi Guillaume de Gellone, ou Guilhem en langue d’Oc. Il est né dans les années 750/755.Neveu de Pépin le Bref, cousin germain de Charlemagne et arrière petit-fils de Karl Martel (de la dynastie des rois carolingien), c’est un chevalier aguerri au combat.

Saint-Guilhem-le-Désert, le cap de la Crous et le calvaire près de l'ermitage de Notre-Dame-du-Lieu-Plaisant

Le cap de la Crous, au-dessus du village, et le calvaire près de l’ermitage de N.-D.-du-Lieu-Plaisant.

Guillaume a notamment affronté les Basques et les Sarrasins. Son plus haut fait d’armes est la prise de Barcelone (803), qui a permis au roi de contrôler les Pyrénées et de se positionner face à l’Espagne musulmane. Il a été récompensé pour ses prouesses militaires par les titres de comte de Toulouse et de duc d’Aquitaine. C’est donc un homme influent politiquement.

Crise (mystique) de la cinquantaine

Après avoir bien massacré tout ce petit monde, Guillaume dépose les armes et décide d’expier ses fautes (#easy). Il fait une petite donation au monastère d’Aniane pour acquérir une terre dans le val de Gellone, et part ressourcer son âme pécheresse au creux de ce vallon.

Vue sur le val de Gellone et à droite le roc de la Bissonne, à Saint-Guilhem-le-Désert

Vue sur le val de Gellone depuis un chemin de randonnée. À droite, le roc de la Bissonne.

Le choix de Gellone n’est pas anodin : son ami d’enfance Witiza, un ancien guerrier reconverti en moine, s’est installé à trois kilomètres de là. À Aniane, de l’autre côté de l’Hérault. Il y a fondé un monastère (vers 782), avant de partir promouvoir la règle bénédictine à travers l’Europe. Depuis, on l’appelle Saint Benoît d’Aniane.

Nature et rochers à Saint-Guilhem-le-Désert

Falaises, rocs et combes dominent les paysages alentour.

Donc, en 804, Guillaume fonde l’abbaye de Gellone et se consacre à sa foi. Et se rapproche géographiquement de son pote… Peut-être une manière de régner avec lui sur les deux rives de l’Hérault et de contrôler ce territoire ?

Une véritable légende 

Après sa mort, Guilhem devient le protagoniste d’un cycle de chansons narratives. La Geste de Guillaume d’Orange est une sorte de comédie musicale médiévale gore qui glorifie (en de nombreux épisodes) les « exploits » de Guilhem. Et minimise bien évidemment ses défaites.

Cloître et musée de l'abbaye de Gellone à Saint-Guilhem-le-Désert

Le blason d’un « autre » Guillaume, « Guillaume des deux Vierges » (abbaye de Gellone).

On y raconte son enfance, sa filiation et son lignage, son engagement religieux et surtout ses combats sanglants. Ces derniers sont mélangés aux faits d’armes d’autres personnages et d’autres « Guillaume » de l’époque. Difficile de savoir où commence (et où s’arrête) la légende !

À des milliers de kilomètres du Sahara

À l’époque du premier monastère, le val de Gellone est plutôt désertique côté population. Mais le village ne tire pas son nom de là. Il est plus probable que l’appellation de « désert » fasse référence à la solitude spirituelle vécue par Guillaume lorsqu’il décide de se consacrer à dieu…

Saint-Guilhem-le-Désert : vue sur l'escaliou des Fenestrettes

Vue lointaine sur les Fenestrettes, à Saint-Guilhem-le-Désert.

Donc, peu de monde dans le coin. Mais l’installation de Guillaume-Guilhem va changer les choses. Car il ramène dans sa besace un cadeau en or, une méga-relique offerte par Charlemagne : un morceau de la « vraie croix » du Christ. De quoi attirer les pèlerins dans ce territoire reculé !

Saint-Guilhem-le-Désert, les chemins de randonnées.

Chemins de randonneurs, de pèlerins, de bergers et de muletiers.

Diable et pèlerins

Les flux de pèlerins n’augmentent réellement qu’à la mort du fondateur du sanctuaire, vers 812. Les moines organisent progressivement un culte autour de sa dépouille. Lequel donne lieu à la canonisation de Guilhem en 1066. Guillaume est désormais un saint et Gellone devient au XIIe siècle Saint-Guilhem-le-Désert. Au XIe siècle, une abbaye est érigée sur les fondations de la première église, au-dessus de sa crypte.

Le pont du Diable à Saint-Jean-de-Fos.

Saint-Jean-de-Fos, village voisin, où a été construit le pont du Diable.

Un partenariat commercial entre l’abbaye d’Aniane et celle de Saint-Guilhem permet de construire un pont sur l’Hérault qui facilite le passage des nombreux pèlerins, et des marchandises. C’est le « pont du Diable ». Encore un ! En effet, plusieurs légendes de pactes avec le diable auréolent la construction des ponts à cette époque, comme je vous le racontais déjà dans mon article sur Cahors, à propos du pont Valentré !

De fond en combes

Le chemin d’Arles (ou Via Tolosana), l’un des quatre chemins historiques menant à Compostelle, traverse Saint-Guilhem-le-Désert… Chemin de pèlerins, mais aussi de bergers ! Ces derniers n’ont pas attendu le pèlerinage pour gravir la grande draille d’Aubrac.

Saint-Guilhem-le-Désert, panneaux chemins de Compostelle.

Signalétique pour randonneurs et pèlerins de Compostelle. Et quelques facéties du code de la route !

La transhumance se faisait depuis longtemps à travers les nombreuses combes pour rejoindre les pâturages des plateaux du Larzac. Ces sentiers escarpés étaient également empruntés par les muletiers, qui venaient troquer leur marchandises avec les villageois.

Aux Fenestrettes, un « escaliou » soutenant le chemin.

Au fil des siècles, les chemins ont été « améliorés » pour faciliter le passage des pèlerins, du bétail et des marchandises. Des ouvrages toujours visibles en témoignent, notamment un « escaliers » qu’on appelle ici « l’Escaliou ». Ses longues marches caladées sont adaptées au pas de la mule (et un peu moins aux gambettes des randonneuses du dimanche).

Les parties maçonnées du soutènement des Fenestrettes sont toujours visibles.

Il se trouve aux Fenestrettes, une série de lacets taillés dans la roche, à flanc de falaise. Des piliers et des arches de pierres sèches datant XVIIIe siècle soutiennent ce chemin vertigineux, accroché à la montagne.

Un géant (de papier)

Pour se protéger des ennemis convoitant la récente prospérité de Saint-Guilhem, on monte des fortifications tout autour du village. Quelques vestiges de ce rempart sont encore visibles : la tour des prisons (XIIe), qu’on aperçoit au-dessus des toits des maisons et un morceau de l’ancienne église Saint-Laurent (XIe), qu’on découvre en bas du village, près de l’Hérault. Plus haut, c’est par la porte des anciens remparts que passent les randonneurs cheminant vers l’ermitage de Notre-Dame-du-Lieu-Plaisant.

Saint-Guilhem-le-Désert, tour des prison et porte des anciens remparts

La tour des prisons, au-dessus des toits de tuiles, et la porte des remparts, au milieu de la garrigue.

Sentinelle de pierre veillant sur la combe de Gellone, le Château du Géant a été érigé au XIIe siècle en haut d’une crête rocheuse. « Château », un mot un peu pompeux, puisqu’il s’agit plus exactement des ruines d’une tour et de quelques pierres avachies. L’édifice se fait aussi appelé Cabinet du Géant, Pigeonnier, Colombier, Castelas, château de Verdun, castrum de Virduno ou de Verdus.

On devine à peine les vestiges du fameux château (à droite, au sommet du pic).

Le lieu est au centre de plusieurs légendes. Il a en fait couler de l’encre, ce géant de papier ! Son nom reste pour l’instant aussi obscure que son histoire ! Situé au bord d’une falaise dangereuse surplombant le village à 200 mètres de hauteur, le « château » fait aujourd’hui l’objet d’une mise en sécurité. Qui sait, peut-être qu’il révèlera un jour ses secrets, notamment lors d’un chantier de fouille ?

Saint-Guilhem-le-Désert, porte des anciens remparts

La porte des anciens remparts, par laquelle on sortait du village, au Nord

Une oasis en plein « Désert »

De l’eau, on n’en manque pas dans ce Désert ! Tout d’abord l’Hérault, qui a creusé des gorges dans le massif calcaire. Le fleuve prend sa source au mont Aigoual, dans les Cévennes, à 1 400 m d’altitude. Il dévale plusieurs centaines de mètres dès les premiers kilomètres, ce qui le rend souvent impétueux. Mais c’est grâce à ce courant vif que l’on peut pratiquer le canoë entre Causse-de-la-Selle et Saint-Guilhem-le-Désert. Après le village, au niveau du pont du Diable (à Saint-Jean-de-Fos), ses eaux se calment et forment une sorte de baie, idéale pour la baignade.

Saint-Guilhem-le-Désert,, les gorges de l'Hérault

Les gorges de l’Hérault, en contre-bas du village.

Deuxième cour d’eau, le Verdus, joli ruisselet l’été, mais qui peut se transformer en torrent à l’automne. Artère principale de Saint-Guilhem, il traverse la vallée de Gellone, puis dévale le long des ruelles. Il a ravagé plusieurs fois le village en sortant de son lit. Notamment en 1817, puis en 1907 : il a alors fallu ouvrir les portes de l’abbaye pour le laisser continuer sa course plus loin. Si vous voulez échapper à la foule estivale, rapprochez-vous de lui !

Saint-Guilhem-le-Désert, ponceaux sur le Verdus

Les jolis ponceaux sur le Verdus…

Car le Verdus constitue un itinéraire-bis à la rue principale du village, souvent bondée l’été. Suivez son cours, et vous pourrez faire une pause au Salon de Thé du Musée, à l’ombre du mûrier-platane. Vous profiterez du calme de la terrasse, avec vue sur la végétation foisonnante qui se baigne dans les eaux du ruisseau. Un peu plus loin, un chemin mène à la cascade du Verdus, bordée de figuiers et habitées par moulte passereaux et libellules. Une occasion unique de tremper ses fesses en dessous d’une abbaye !

Saint-Guilhem-le-Désert, l'abbaye de Gellone, et la cascade du Verdus.

L’abbaye de Gellone, et la cascade du Verdus.

La star du village

Cette fameuse abbaye de Gellone, c’est un peu la star du village ! Il faut dire qu’on ne voit qu’elle, où qu’on soit ! En cheminant depuis le bas du village, ou découvre son chevet tout bedonnant. Son abside (1138) et ses deux absidioles, toutes en rondeurs, attirent la lumière du soleil sur leurs pierres.

Le chevet de l'abbaye de Gellone, à Saint-Guilhem-le-Désert. Abside et absidioles.

Le chevet de l’abbaye de Gellone, la « star » de Saint-Guilhem-le-Désert

Une frise crénelée suit leurs courbes. Et des chapiteaux sculptés saillissent en haut de leurs colonnettes. L’une des deux absidioles se termine par un arc-boutant qui relie l’église à la roche de la falaise. Il faut passer en dessous pour rejoindre la place principale du village, où se trouve l’entrée de l’édifice.

Saint-Guilhem-le-Désert, arc-boutant de l'abbaye de Gellone

L’arc-Boutant qui relie l’abbaye de Gellone à la roche.

On y pénètre par un portail du XIIe siècle, auquel deux sculptures romaines ont été intégrées. On ne sait pas grand-chose du premier monastère de Guilhem. Mais c’est sur son site initial et notamment une crypte du Xe siècle qu’a été bâti l’ensemble religieux qu’on peut voir aujourd’hui.

Saint-Guilhem-le-Désert. Colonnettes, chapiteaux et frise crénelée de l'abbaye de Gellone.

Colonnettes, chapiteaux et frise crénelée de l’abbaye de Gellone.

L’abbaye de Gellone compte une église romane du XIe, les restes d’un cloître (XIe -XIVe), un ancien réfectoire et une salle capitulaire (pour les décisions politiques), au-dessus de laquelle se trouvaient les dortoirs des moines. Bien évidemment, chaque élément a été remanié au fil des siècles, comme toutes les autres architectures-patchwork de la région !

Ouest side story…

En 1790, les moines sont chassés de l’église abbatiale. Les bâtiments attenants à l’abbaye sont vendus en 1793. Le réfectoire est transformé en appartements privés. La salle capitulaire accueille une tannerie. Et le cloître sert de carrière de pierres aux maçons du coin ! Au début du XIXe siècles, une crue du Verdus dévaste les restes de l’abbaye. On utilise des morceaux de l’ensemble monastique pour la réfection des maisons alentour.

Saint-Guilhem-le-Désert. Cloitre de l'abbaye de Gellone.

La partie visible du cloître, qui à l’origine comptait deux « étages ».

Certains ornements rejoignent des collections particulières. La plus conséquente d’entre elles se trouve chez un collectionneur de Aniane, qui remonte une partie du cloître dans son jardin ! À sa mort, un sculpteur américain fait main basse sur les colonnes et les chapiteaux, lesquels traversent ainsi l’océan Atlantique, direction New-York.

Saint-Guilhem-le-Désert., galeries du cloitre, abbaye de Gellone.

Les galeries du cloître, autrefois richement ornée et recouvertes de peinture.

En 1925, l’un des fils Rockefeller rachète la collection pour le compte du M.E.T., le Metropolitan Museum of Art. Ces 148 morceaux de l’histoire de Saint-Guilhem permettent de créer le nouveau « musée des Cloîtres », le Cloisters Museum de New-York, une annexe du M.E.T. Triste histoire ? Pas vraiment. Car dans ce périple, les vestiges du cloître ont échappé à la terrible crue du Verdus de 1907, encore plus dévastatrice que la précédente. Elle leur aurait peut-être été fatale !

Un musée dans la cantoche

Mais on peut encore voir quelques (beaux) fragments de décors architecturaux dans l’ancien réfectoire des moines. C’est un abbé de la paroisse qui les a retrouvé dans les ruines de l’abbaye, ou encore dans des maisons particulières. Ces vestiges lapidaires constituent le fonds de l’actuel Musée de l’Abbaye de Gellone, lequel compte en effet quelques « beaux restes » de l’époque médiévale.

Saint-Guilhem-le-Désert. Musée de l'abbaye de Gellone, anastylose

Musée de l’abbaye de Gellone : un Christ songeur, une impératrice au regard interrogatif…

Un dispositif appelé « anastylose » regroupe trois panneaux en calcaire datés du XIIIe siècle, qui se trouvaient originellement dans le cloître. Il s’agit d’une reconstitution matérielle d’une hypothèse archéologique (ici, des arcatures de cloître), très peu utilisée en France. Les parties d’origine, romanes, représentent les apôtres et le Christ (calcaire, XIIIe). Ce dernier a l’air songeur…

Saint-Guilhem-le-Désert. Musée de l'abbaye de Gellone, anastylose et tête de femme sculptée

Tête de femme sculptée, devant la reconstitution d’un morceau du cloître, la fameuse « anastylose »

J’ai également flashé sur deux têtes de femmes. La première représenterait une impératrice romaine, sculptée dans du marbre blanc (Ier siècle). Elle se trouvait autrefois sur la façade de l’église. De l’autre, on ne sait pas grand-chose, si ce n’est que l’œuvre a été réalisée dans un morceau de marbre antique qui avait très certainement servi à autre chose avant cela ! Ces statues abîmées par le temps me fascinent. Leurs visages dégagent quelque chose de très doux et de mélancolique.

Le cri du glaçon

En ressortant de l’église, il n’est pas rare que le changement brusque de température incite le promeneur à s’affaler sur une chaise en osier pour déguster un rafraîchissement. Il faut dire que la place de Liberté s’y prête ! Les terrasses font le tour d’un platane géant : 6 mètres de circonférence, qui garantissent l’ombre à toute heure.

Les terrasses sur la place de la Liberté, à Saint-Guilhem-le-Désert.

Les terrasses sur la place de la Liberté, à Saint-Guilhem-le-Désert.

Planté en 1855, c’est un vrai papy ! Ses racines baignent dans les eaux du Verdus qui passe sous la place. À côté de lui, une fontaine commémore d’ailleurs l’une de ses crues mythiques du Verdus : celle de 1907, dont on a parlé plus haut. Elle a été si intense que les habitants ont dû ouvrir les portes de l’abbaye pour laisser l’eau traverser le village.

Les terrasses sur la place de la Liberté, à Saint-Guilhem-le-Désert. Sous le platane géant de 1855.

Le platane géant vieux de 168 ans, au centre de la place de la Liberté.

On a pas mal traîné ici le soir, après le repas. Les terrasses ferment à 22 heures, la place devient alors paisible. Les habitants sortent prendre le frais et on papote devant les maisons. La place de la Liberté a toujours été le lieu social du village. On y trouvait autrefois toutes sortes d’artisans. Notamment des tonneliers, qui construisaient ici les fût en bois de châtaignier pour transporter l’huile d’olive.

Côté gastronomie

Justement, en parlant d’huile d’olive, c’est LE produit à ramener dans votre valise ! Nous avons pu tester celle du Moulin de l’Olivette d’Oc, fabriquée à Fabregues. Un délice ! Elle est vendue dans la boutique du Moulin, place de la Liberté, à Saint-Guilhem-le-Désert. On y trouve aussi de la tapenade et autres produits à tomber par terre. Des Pélardons (chèvre), des fougasses, ainsi que du vin. Parfait pour les apéros et les randonnées !

Oliveraies à Saint-Guilhem-le-Désert…

Oliveraies à Saint-Guilhem-le-Désert… Et apéro-saucisson en randonnée !

Car qui dit roadtrip sans voiture dit aussi challenge pour faire les courses. Mais heureusement, les habitants et les commerçants du village nous ont beaucoup aidé ! La Maison du Saucisson nous a fourni le pain et le cochon. L’équipe du restaurant Le Petit Jardin nous dépanné en légumes frais ! Et une mamie du village nous a vendu (pour un prix dérisoire) d’excellentes tomates gorgées de soleil. Merci à eux !

On peut aussi remercier la générosité des terres environnante ! Les fruits cultivés dans les vergers de la plaine sont succulents ! Et la vigne donne de très bons nectars. Car on l’a dit plus haut, nous sommes ici dans les contreforts du plateau du Larzac, non loin des fameuses « terrasses » connues de amateurs de vin…

Cardabelles sur les portes des maisons à Saint-Guilhem-le-Désert.

Mi-baromètre, mi-artichaut : la cardabelle orne les portes des maisons.

La seule spécialité que nous n’ayons pas pu goûter, c’est la cardabelle. Mais késaco ? C’est une sorte de chardon géant qu’on accroche ici aux portes des maisons. Au-delà de leur aspect décoratif, les cardabelles font office de baromètre. Si elles se referment, sortez les parapluies ! Cette plante des Causses, la Carline à feuilles d’acanthe ou Carlina acanthifolia, servait aussi à carder la laine. Et on peut également manger son cœur à la manière d’un artichaut !

Les yeux dans les yeuses

Au fil des siècles, les activités humaines (et les nombreux incendies) ont ratiboisé les bois qui entouraient la vallée rocheuse. Depuis, c’est la garrigue qui domine. Nos randonnées ont ainsi été ponctuées par les effluves si typiquement méditerranéennes des plantes sauvages : thym, romarin, genévrier, lavande, fenouil… un régal !

Saint-Guilhem-le-Désert : genévrier et romarin.

La garrigue de Saint-Guilhem-le-Désert : genévrier et romarin.

Sur les plateaux et sur certains versants des vallons un peu plus au « frais », on peut parfois croiser des variétés de chênes verts, les « yeuses » et les « kermès ». Quant à l’élégant pin de Salzmann, qui a été réintroduit dans la forêt domaniale, il refait son apparition ici et là de manière spontanée.

Saint-Guilhem-le-Désert, chêne Kermès.

Un joli pin (mais lequel ?) et un jeune chêne Kermès.

Saint-Guilhem-le-Désert fait partie du réseau Natura 2000 et sa faune et sa flore sont protégées à ce titre. On évitera donc de les embêter, notamment en construisant des cairns avec des pierres, ce qui dérange les espèces rupicoles (qui vivent dans la roche).

Solide comme le (sauta) roc

Mais au fait, comment appelle-t-on les habitants de Saint-Guilhem ? Et bien ce sont les « sauta-rocs », littéralement les « sautes-rochers ». C’est vrai qu’ici, les gens semblent avoir la forme physiquement, et la jambe leste comme on dit. La grimpette, ça conserve !

Saint-Guilhem-le-Désert, rochers

Saint-Guilhem-le-Désert, un pays où poussent les rochers.

Sur les 800 000 visiteurs qui passent à Saint-Guilhem-le-Désert chaque année, très peu dorment sur place. Alors que le village et les environs méritent amplement qu’on leur consacre quelques jours de vacances, voire une semaine ! Prenons le temps de (re)découvrir nos régions et de faire connaissance avec celles et eux qui les animent.

Comme je l’ai évoqué plus haut, les « sauta-rocs » nous ont réservé un accueil très chaleureux lors de notre séjour. Je les remercie une fois encore ici ! Et merci Maya de m’avoir accompagnée dans ce road trip sans voiture !

 

Cet article participe au rendez-vous mensuel #EnFranceAussi organisé par Le Coin des Voyageurs et « la boss du mois », Eimelle du blog Tours et Culture ! Le thème de janvier 2023 était « CLASSÉ » : découvrez les articles des autres bloggeur·euses en cliquant ici !


Informations pratiques

Office de Tourisme intercommunal Saint-Guilhem-le-Désert – Vallée de l’Hérault
Site : www.saintguilhem-valleeherault.fr/ Tel : +33 4 67 57 58 83

Saint-Guilhem-le-Désert, abbaye de Gellone et cascade du Verdus

Où se loger ?

Comme nous nous y sommes pris un peu tard pour la réservation, tous les hébergements classés ou labellisés proposés sur le site de l’office du Tourisme affichaient déjà complets.

Nous avons cependant trouvé notre bonheur avec la maison les Fenestrelles, 12 rue du Bout du Monde, à Saint-Guilhem. Une maisonnette escarpées mais confortable, avec un salon-cuisine équipé, chambre et salle de bain à l’étage. Cerise sur le gâteau : une jolie terrasse avec vue sur le cirque de l’Infernet. Pluie d’étoiles garanties le soir !

Saint-Guilhem-le-Désert, gîte les Fenestrettes

La terrasse de notre gîte à Saint-Guilhem-le-Désert.

Que faire à Saint-Guilhem-le-Désert ?

De nombreuses activités aquatiques et nautiques vous sont proposées dans le coin :

  • Baignade au pont du Diable
  • Descente des gorges de l’Hérault en kayak (je vous en parlerai dans le prochain article)
  • Mais aussi canyoning, rafting, tubing, et autres activités en « ing »
Saint-Guilhem-le-Désert, canoë dans les gorges de l'Hérault.

Le canoë dans les gorges de l’Hérault, c’est youpi !

Que visiter à proximité ?

  • La grotte de Clamouse 
  • Le village de Saint-Jean-de-Fos, et son Argileum !  À la fois musée, atelier, boutique, lieu de découvertes en tout genre. L’association des potiers est également très active. Elle propose toute l’année des cours et des stages. Et elle organise également un événement incontournable pour les fans de porcelaine, grès, faïence, raku… « Terre Vivante » (exposition et marché de potiers), qui se tient généralement le week- end précédant le 15 août.

Randonnées

Quelques promenades et randonnées à faire au départ de Saint-Guilhem. Je vous raconterai tout cela dans le détail au prochain article ! Rando-fiches disponibles à l’office du Tourisme.

On a kiffé les randonnées au départ de Saint-Guilhem-le-Désert. Des bonnes grimpettes caillouteuses et des point de vue WAOUH !

Où boire un coup ?

  • L’Oustal Fonzes/ Le Cabanon, 1 avenue Saint-Benoît d’Aniane. Une vue imprenable sur les gorges de l’Hérault.
  • La Brasserie Lasàrde, 20 rue du Bout du Monde. Du houblon maison, à déguster sur place dans une atmosphère conviviale ou à emporter !
Saint-Guilhem-le-Désert, terrasse de l'Oustal-Fonzes/ Le Cabanon, bar avec vue

Vue depuis la terrasse de l’Oustal-Fonzes/ Le Cabanon. Les gorges de l’Hérault à perte de vue…

Où manger ?

Nous avons testé (presque) tous les restaurants du village, qui proposent des offres très complémentaires en terme de prix et de types de cuisine. Notre préféré a fermé depuis notre visite, mais voici quelques adresses qui nous ont plu :

  • Convivialité : Le Petit Jardin. Menu unique à base de grillades. Pour les enfants, prix selon la taille. Interdiction de bloquer sur son téléphone à table, sinon c’est carton jaune ! Méfiez-vous, le patron a un sifflet !
  • Loin de la foule : Le salon de thé du Musée, 11 Rue de la Font du Four. Salades fraîcheur, tartes maison, calme et ombre sous le mûrier-platane.
  • Atypique : Côté Cour, chemin des Hortes (près du parking). Une déco faite de bric et de broc, une cuisine créative et colorée, un service aux petits oignons.
La tranquillité et la fraîcheur du Salon de Thé du Musée, à Saint-Guilhem-le-Désert.

La tranquillité et la fraîcheur du Salon de Thé du Musée, à Saint-Guilhem-le-Désert.

Et pour vous remercier d’avoir tout lu jusqu’au bout, quelques photos « bonus » de l’une de mes passions : les heurtoirs de porte !!!

Saint-Guilhem-le-Désert heurtoirs de porte

Saint-Guilhem-le-Désert, heurtoirs de porte

4 commentaires sur “Saint-Guilhem : une oasis en plein « Désert »”

  1. J’ai très souvent entendu parler de ce village, je n’y suis pas encore allée mais je le trouve très beau et tu racontes très bien son histoire !
    Les cardabelles sont particulières, je me demande à quoi cela ressemble une fois que c’est refermé ! 😀

    1. Merci pour ton message, Anne ! Je ‘ai pas eu l’occasion de voir les cardabelles refermées, car il a fait un temps splendide pendant tout notre séjour !

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