Andrée Chedid / Marguerite Duras

Chronique diffusée lundi 17 décembre 2018 dans l’émission Excusez-moi de vous interrompre sur Radio Mon Païs- 90.1.

 

Je suis assez confuse aujourd’hui. Je voulais vous parler non pas d’un livre, mais du livre, des livres. Et puis, à force de faire des recherches sur le marché du livre, sur les conditions de vie des auteurs, sur la lecture, sur les librairies indépendantes ou encore sur la formidable loi de 1981 qui encadre le prix du livre en France, je me suis lassée. Lassée des chiffres et contre-chiffres, des rapports officiels, des statistiques, et de moi-même aussi, de la tournure professorale que ma chronique menaçait tout-à-coup de prendre.

Alors j’ai fureté dans les rayonnages de ma modeste bibliothèque à la recherche d’un bouquin dont je pourrais vous parler. J’en ai attrapé plusieurs, pour au final n’en garder que deux. Et je vous laisse avec ces deux textes, au crépuscule de l’année 2018, avec ces deux femmes et auteures incroyables, l’une née à côté de Saigon, et l’autre au Caire.

Écrire (1993), le premier texte d’un livre éponyme, est aussi le nom d’un documentaire réalisé par Benoit Jacquot. Son sujet, c’est le rapport que Marguerite Duras entretient à l’écriture, à la solitude, et à sa maison de banlieue parisienne, à Neauphle-le-Château.

Mais forcément, Duras y évoque bien d’autres choses… En voici un court extrait :

Ce qui dominera toujours, et ça nous fait pleurer, c’est l’enfer et l’injustice du monde du travail. L’enfer des usines, les exactions du mépris, de l’injustice et du patronat, de son horreur, de l’horreur du régime capitaliste, de tout le malheur qui en découle, du droit des riches à disposer du prolétariat et d’en faire la raison même de son échec et jamais de sa réussite. 

Et plus loin :

C’est ça l’injustice majeure du temps, de tous les temps : et si on ne pleure pas là-dessus une seule fois dans sa vie on ne pleure sur rien. Et ne pleurer jamais c’est ne pas vivre. 

 

 

L’autre bouquin que j’ai attrapé, c’est Au cœur du cœur, un recueil de poésies d’Andrée Chedid. Et je suis tombée sur ce poème, un peu comme une réponse, ou une résonance, aux pleurs de Marguerite Duras :

La fleur d’orage

Mes amis, la peine est de ce monde ;

La peine est de ce monde, je le sais bien.

Comment deviner, sur la fragile branche,

Le nom des saisons à venir ?

La peine est de monde, ô mes amis que j’aime,

Mais chaque fleur d’orage porte la graine de demain.

 

 

Écrire, Marguerite Duras, Folio (4,90€)

Au cœur du cœur, Andrée Chedid, Librio (2€)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *