Canal du Midi Étape 7 : de Homps jusqu’à Ouveillan à pied

après pont argeliers borne dominiale olivier et vignes

Orage ! Ô désespoir… Il y a des jours où rien ne se passe comme prévu. Intempéries, problèmes de réseau, route impraticable, annulation d’hébergement… La septième journée de marche le long du canal du Midi est placée sous le signe des galères ! Mais les habitants du Sud-Ouest (et de Belgique) sont capables d’inverser un mauvais karma à coup de gentillesse et de solidarité.

Je me réveille de très bonne heure chez Martijn, mon couchsurfeur. Ce que je vois en ouvrant les yeux : la nuit. Pourtant, à cette heure-ci, il devrait commencer à faire jour.  Je pars du village, à côté de Homps, sous un ciel maussade et bientôt menaçant.En chemin, je décide de faire du stop pour avancer un peu plus vite, mais les voitures sont rares. Un monsieur s’arrête, mais au lieu de me déposer au port de Homps, il me laisse bien plus loin. Du coup, je rate l’écluse de Homps (PK 146), l’écluse double d’Ognon (PK 147) et de la porte de garde d’Ognon, soit près de 3 km de canal. Je pense à faire le trajet en sens inverse lorsque l’orage éclate. La journée commence au pas de course et j’atteins, trempée, l’écluse double de Pechlaurier (PK 149) qui n’est pas encore ouverte.

Je me réfugie sous un grand saule qui borde l’un des deux bassins de l’écluse. Le vent se lève et la pluie tombe drue. Avant de partir de Toulouse, j’avais parié sur le beau temps : à la dernière minute, j’ai retiré de mon sac cape de pluie et autres protections.

La plaque de cocher de l’écluse de Pechlaurier me rappelle que la prochaine bâtisse des V.N.F. se trouve à plus de 2 km. Je ne sais pas quoi faire …

Finalement, je profite d’une accalmie pour continuer ma route en direction d’Argens-Minervois, sans trop réfléchir (je n’ai pas encore bu de café). Je croise en chemin une vanne probablement installée sur un petit épanchoir. J’ai à peine le temps de m’arrêter pour prendre une photo qu’un orage impressionnant éclate. Je suis seule au cœur de ce spectacle en son et lumière, et le prochain village se trouve à plus d’un kilomètre

Je presse le pas autant que possible, je n’y vois pas grand chose sous cette pluie battante. J’ai totalement conscience de la stupidité d’être là, en rase campagne au bord de l’eau… et à quelques mètres d’une ligne à haute tension !

Des bateaux-habitations font leur apparition le long du canal (dont une drôle de maison flottante), ce qui me rassure : le village ne doit pas être bien loin.

Un monsieur m’interpèle de la rive d’en face : « Il ne faut pas rester là, sous les arbres !» Je sais, je sais. Mais je n’ai pas d’autre alternative que de marcher le long du chemin de halage. Enfin, j’arrive à Argens-Minervois, un village construit sur un éperon rocheux au bord du canal du Midi. Ouf !

Heureusement, l’épicerie du village ouvre tôt. J’y entre, trempée comme une soupe. Au lieu de me dévisager, on me propose directement un café. La pluie ne cesse pas. Je bois plusieurs cafés, tourne en rond : l’orage n’est pas près de s’arrêter. Les employées de l’épicerie font tout pour m’aider. Elles passent un coup de fil au centre de location de bateaux pour savoir si quelqu’un est prêt à m’accepter à bord, mais le trafic est quasiment nul ce matin sur le canal.

Ok, ok. J’essaye de repartir à pied vers la prochaine écluse, en vain. C’est un véritable torrent qui tombe des cieux. Je rebrousse chemin après une centaine de mètres, et retourne à l’épicerie, trempée jusqu’aux os. Après un coup de fil à l’éclusier, une des filles m’embarque en voiture par « solidarité féminine », et me dépose à l’écluse d’Argens, que j’oublies de prendre en photo.

Les éclusiers sont au top : ils m’abritent et m’aident à faire du bateau-stop, même si les embarcations se font très rares. Au bout d’une longue attente, une première pénichette pénètre dans le sas, mais l’équipage refuse de me laisser monter à bord. Il en va de même pour la suivante. Enfin, la troisième tentative est la bonne !

Me voilà passager clandestin d’une petite famille belge ! Enfin au sec ! Et avec un café ! Dans la foulée, je gagne un changement de perspective : c’est drôle de voir le canal depuis… le canal ! Nous arrivons très vite à Roubia, et dépassons son aqueduc, plongé dans le noir. Petite éclaircie à Paraza, qui ne dure pas longtemps, à peine assez pour prendre en photo les maisonnettes qui surplombent le canal.

Le bateau navigue tranquillement jusqu’au pont-canal de Répudre, l’un des plus anciens au monde. L’ouvrage a été réalisé entre 1676 et 1680. Grâce à cette innovation de Pierre-Paul Riquet, pour la première fois en France, une voie d’eau a pu enjamber une rivière. Nul doute qu’en contrebas, les eaux tumultueuses du Répudre n’ont pas facilité les travaux.

Un bâtiment de garde avait été construit près de l’aqueduc, aujourd’hui disparu. Sur la rive d’en face, j’aperçois une grande borne, qui doit probablement délimiter le domaine du canal.

Pour l’heure, je m’intéresse plus à mes hôtes qu’au canal. Je papote avec ce couple adorable et leur fils, ce dernier se passionnant pour les châteaux et le patrimoine historique de la région. Ils me racontent les péripéties qu’ils ont vécues avec ce bateau de location (appelé «tupperware» par les conducteurs de péniches).

Ce n’est pas la première fois qu’on me fait des retours très négatifs sur ces embarcations.Une pièce défectueuse les a notamment gêné à chaque passage d’écluse. Un sujet qui n’est plus d’actualité, car nous voguons depuis Argens-Minervois sur la Grande Retenue, un tronçon de canal de plus de 50 kilomètres sans aucune écluse jusqu’à Béziers.

La luminosité baisse à nouveau, et nous nous retrouvons à nouveau plongés dans l’obscurité, d’où émergent quelques cygnes noirs, une espèce exotique introduite comme oiseau d’ornement dans les plans d’eau au XIXe siècle…

Nous traversons un nouvel orage jusqu’à Ventenac (PK 161), où le château du XIXe siècle, qui abrite une cave viticole, joue les décors de film d’horreur. Monsieur me propose un verre de rosé… Au coup d’oeil oblique et légèrement désapprobateur de Madame, je devine que ma présence sert de prétexte pour démarrer l’apéro un peu plus tôt que d’habitude…

Avec toutes les émotions de la matinée, un verre me suffit : je suis déjà pompette quand le bateau approche du pont de Saint-Nazaire (ou pont de Saint-Rome) situé sur la commune de Saint-Nazaire-d’Aude. Depuis le canal, je n’ai pas l’occasion d’apercevoir les bornes chasse-roues datant du XIXe siècle de part et d’autres du pont, mais je peux admirer la banquette de halage qui passe en-dessous.

Plus loin, un petit pont charmant passe par dessus un ruisseau : s’agit-il d’un ou bébé épanchoir ?

Toujours dans la pénombre, le pont Saint Marcel ou pont-Neuf du Somail, et son alternance de pierres de basalte, de calcaire et de grès. Il date de l’époque de Riquet, mais a été remanié vers 1750. Parvenus au PK 166, c’est la fin des vacances pour ma petite famille belge, qui doit rendre son «tupperware» à l’agence de location du Somail. J’offre mes service pour le nettoyage du bateau, mais ma proposition est déclinée.

Je découvre le Somail à pied après cette parenthèse de 14 km en bateau. Et le soleil revient enfin !

Le Somail a la particularité de se situer sur trois communes : Ginestas, Sallèles-d’Aude et Saint-Nazaire-d’Aude. Il est aussi à cheval sur deux pays : le Minervois et le Narbonnais. Avant le port, les deux rives du canal du Midi se trouvent sur le territoire de Saint-Nazaire-d’Aude. Et la route qui traverse le pont est partagée entre les communes de Sallèles-d’Aude et de Ginestas.

Le hameau a été créé lors de l’arrivée du canal du Midi. Étape importante du transport de marchandises et de voyageurs, il comptait hôtelleries, écuries, chantiers navals, bureau de recette, ainsi qu’une glacière, la seule conservée en l’état sur le canal. Les blocs de glace de la montagne Noire y étaient enroulés dans de la paille, puis enfouis dans la terre de sa cuve en brique. Ce grand frigo est toujours visible, mais il ne fournit plus depuis longtemps les glaçons nécessaires à tout apéro digne de ce nom.

À côté, une chapelle dans laquelle les messes étaient célébrées le soir, à l’arrivée des bateaux, ainsi que le lendemain matin, avant le départ, pour les voyageurs et les nautoniers (conducteurs de barque). Elle est placée sous les patronages de Saint Pierre et de Saint Paul. L’édifice, adossé contre le pont en dos d’âne, a été construit entre 1672 et 1693, puis remanié en 1842 pour accueillir plus de fidèles.

Sur son flanc droit, visible depuis le pont, une plaque à l’effigie de Thomas Jefferson célèbre l’amitié franco-américaine. Ambassadeur auprès de Louis XVI, fan des ouvrages de Riquet et de Vauban, Jefferson vient étudier de près le canal du Midi (alors Canal Royal) en 1787. Au cours de son séjour, il fait étape à l’Auberge du Somail. J’ai déjà croisé cette plaque commémorative à l’écluse de l’Océan, près du seuil de Naurouze, lors de ma troisième étape de marche.

Le Somail est une peu une capsule temporelle de la grande époque du canal. Son pont du XVIIe siècle en calcaire a gardé ses bornes chasse-roues et son passage percé dans l’une des ses ailes du pont, permettant au monture de franchir le pont sans le contourner. À gauche de l’entrée de ce petit tunnel, on peut encore voir le rouleau tournant métallique que venaient frotter les cordes de halage.

Au bout du tunnel, située sur la berge opposée à la chapelle, l’ancienne halte-relais de la barque de Poste. Au troisième jour de navigation depuis Toulouse, les voyageurs passaient la «couchée» dans cette auberge. Construite contre le pont en 1684, l’hôtellerie a été reconstruite un  siècle plus tard. Sa fonction n’a pas changé puisque le lieu accueille encore aujourd’hui des chambres d’hôtes.

Juste à côté se trouve la partie du hameau qui a probablement été la plus remaniée au fil du temps. L’ancienne maison des gardes, les écuries et une bâtisse dédiée aux postillons (conducteurs de barque de poste) formaient un ensemble de bâtisses techniques. Au début du XXe siècle, un second bâtiment était accolé à l’auberge au niveau du pont, comme je l’ai vu sur des cartes postales 1900. Sur des vues des années 1980, une partie des constructions apparaît en ruine. Deux restaurants se partagent aujourd’hui les lieux.

Je m’offre une pause déjeuner dans l’un d’eux, Le Comptoir Nature : une belle assiette végétarienne pour faire le plein d’énergie avant la suite de la journée.

Avant de me remettre en route, j’attrape quelques fruits à bord de la péniche Tamata, l’épicerie flottante du Somail où s’approvisionnent les plaisanciers.

Je fais tout de même un petit arrêt dans la librairie de livres anciens, la bien nommée Le Trouve Tout du Livre, aménagée dans un ancien entrepôt de stockage de marchandises. Je reste raisonnable et ne fais qu’effleurer du regard les 50 000 ouvrages qui constituent son fonds. Pas question d’alourdir mon sac à dos. Mais je craque tout de même pour des signets et des cartes postales anciennes.

C’est reparti ! Je traverse une dernière fois le joli pont du Somail pour rejoindre le chemin de halage.

En quittant le hameau, je dépasse une étonnante étrave de bateau posée sur un chasse-roue à l’angle du Domaine du Bosquet, à la fois caveau de dégustation et gîte.

C’est ici que je quitte le Minervois pour avancer dans le Narbonnais. Puis ce sera au tour du Biterrois, le troisième pays traversé par le Grand Bief.

Comme en de nombreux endroits du canal aujourd’hui, le chemin qui longe la voie d’eau est à découvert maintenant que les platanes ont été abattus.

Par ici, les arbres fruitiers refont leur apparition. Tout comme les bornes dominiales, qui délimitent le domaine du canal. Dans le Narbonnais, elles ont été taillées dans la pierre de basalte noir, matériaux courant dans le coin.

J’atteins assez vite le pont-épanchoir des Patiasses, sur la Cesse, qui permet aux eaux excédentaires du canal de rejoindre la rivière une centaine de mètres plus loin. Le pont étant assez haut, le spectacle en contre-bas doit être impressionnant.

La Cesse prend sa source dans les hauteurs de la montagne Noire, et termine sa course en se jetant dans l’Aude. C’est un cours d’eau tumultueux, souvent soumis à des crues violentes. Riquet avait ici conçu un barrage de navigation, en travers de la rivière. Vauban le remplaça deux ouvrages, un pont-épanchoir et un pont-canal (ou pont-aqueduc).

La Cesse a donc longtemps été l’ennemie du canal du Midi, dont elle a détruit plusieurs ouvrages en périodes de crue.  Mais la rivière a toujours été d’une aide précieuse en terme d’approvisionnement en eau. Son canal d’alimentation, qui court le long du village de Mirepeisset sur près de 2 km et rejoint le canal juste après l’épanchoir, fournit suffisamment d’eau pour maintenir le canal à flots.

Comme à chaque fois que j’emprunte un pont-canal, j’éprouve ce sentiment magique de marcher à la fois à côté de l’eau et au-dessus de l’eau.

Le pont-canal sur la Cesse a été conçu par Vauban en 1690. À son extrémité, en direction de Carcassonne, on aperçoit la porte Minervoise. Situé sur un ancien port, un quai permet aux bateaux de s’amarrer le temps d’un bref shopping : la maisonnette attenante (probable maison de garde) a été transformée en épicerie-guinguette. Une passerelle rend le secteur accessible aux piétons et aux vélocipèdes. Elle chevauche la rigole d’alimentation qui termine sa course dans le canal.

De l’autre côté du pont, en direction de Béziers, deux dates ont été gravées dans la pierre : elles rappellent les crues du 18 septembre 1843 et du 12 septembre 1875. Sous les repères de crues, les pierres ont été marquées par l’impact des débris charriés par ces eaux torrentielles ; on a l’impression que la clef de voûte est «édentée». Ce niveau d’eau semble difficile à imaginer alors que cet après-midi la Cesse ne consiste qu’en un petit ruban d’eau à la surface duquel barbotent quelques flaques de vase.

Non loin de là, me voilà à port la Robine. Sur ma gauche, une passerelle piétonne enjambe un bras du canal qui était en service avant la construction du pont-canal. Désormais transformé en impasse, c’est un lieu de ravitaillement en carburant.

Une barre métallique et l’accroche d’un ancien pot tournant permettant de passer les cordes sans abîmer les pierres du pont sont encore visibles sur le pont de Truilhas. S’y trouve également un repère de nivellement du XXe siècle, probablement installé sur un repère plus ancien.

Le chemin de halage passe par la banquette, sous le pont, puis il longe une belle allée de pins parasols.

Pin parasol… De préférence ! Ça y est, je me mets à chanter Brassens !

Je braille à tue-tête La supplique de Georges en avançant sur le bief de Fonsérannes (ou Grand Bief) . Devant moi, port la Robine, un carrefour à la croisée des eaux au point kilométrique 168.

En face de moi, le chemin de halage qui continue en direction Béziers.

Je franchis un ponceau caladé. Il marque l’entrée du canal de Jonction, où se trouvait autrefois une demi-écluse. L’ancienne maison de garde permettait de surveiller ce passage intermédiaire.

Sur ma droite, le port de Cesse et une branche latérale du canal du Midi : le canal de Jonction. Sa grande allée de pins parasols s’étend sur un tracé rectiligne en direction de Narbonne, où il rejoint le canal de la Robine, ce dernier se jetant  dans la Méditerranée à Port-la-Nouvelle. Toute à mes braillements brassenssesques, j’ai faillit me tromper de chemin.

Je jette un oeil derrière moi : le temps se couvre… J’espère qu’il sera clément avec moi, j’ai eu mon lot d’orages pour la semaine.

En 1887, la compagnie des chemins de fer du Midi a créé une ligne qui reliait Narbonne à Bize-Minervois. Traversant les vignobles sur une vingtaine kilomètres, elle était consacrée au transport des vins et des voyageurs. Supprimée à la veille de la Seconde Guerre mondiale, elle a trouvé un deuxième souffle dans les années 1980 grâce à une équipe de bénévoles, qui ont mis en service l’autorail touristique du Minervois, pour la plus grande joie des ferrovipathes. La ligne est aujourd’hui hors service, mais le tracé est toujours utilisé par quelques trains de marchandises.

Juste après le pont-rail de Truilhas, je tombe sur OTNI (objet technique non identifié), sorte de marmite posée le long du chemin pour des raisons que j’ignore.

Devant moi , une grande ligne droite bordée de pins et très peu fréquentée… L’occasion de hurler les couplets de La Supplique de Brassens en toute impunité.

Le chemin de halage, d’habitude caillouteux, se transforme en un tapis d’aiguilles, imbibé d’eau. Mes gambettes et mes pieds meurtris sont ravis de faire sa connaissance.

Peu après, le chemin débouche sur un paysage plus dégagé. Une borne dominiale en basalte délimite une parcelle de vigne à hauteur du pont Neuf d’Argeliers (fin du XVIIIe siècle)

Plusieurs ponts du parcours présentent cette architecture : deux ailes curvilignes prolongeant le tablier sur les côtés, deux banquettes en pierre de taille passant sous le pont. La voûte est très évasée, aussi dite «en arc segmentaire». Mais je ne dis ça que pour essayer de rentabiliser la tonne de bouquins que j’ai lu sur le sujet (#savoirsinutiles). Sur la clef de voûte, on peut encore voir les armes de la Province à moitié effacées (palmes et couronne).

Nous voilà donc à Argeliers (PK 172), berceau de la révolte des vignerons du Languedoc en 1907. Au début du XXe siècle, les vins du Midi sont en surproduction, et concurrencés par d’autres crus du bassin méditerranéen, souvent «trafiqués» (sucrés et allongés à l’eau). En 1905, un cafetier du village, aussi vigneron et directeur d’une troupe de théâtre, fait signer une pétition de soutien aux vins produits localement qui donnera naissance au comité d’Argeliers, un groupe de vignerons militants. Très vite, la révolte s’étendra sur toute la région.

Au niveau du village, le canal du Midi fait une brusque courbe. Chose inédite jusqu’ici, je peux apercevoir plusieurs centaines de mètres de chemin à l’horizon, car les platanes qui bordaient les berges ont tous été abattus. Au loin se profile la silhouette bossue du pont de la Province.

Les lieux sont magnifiques : vignes, herbes folles, chevaux. Derrière ce paysage, la commune d’Ouveillan, où je vais passer la nuit. Sur ma gauche, le village d’Argeliers, et une zone d’amarrage sur le canal.

Petit arrêt au pont de la Province, dit aussi Vieux Pont ou pont d’Argeliers, au niveau duquel une ancienne maison de cantonnier construite sous Riquet a été rénovée pour accueillir le restaurant le Chat Qui Pêche.

Là aussi, le chemin de halage continue par une banquette aménagée sous le pont et son arche en anse de panier. De l’autre côté, un bateau abandonné. Ces épaves me fende le cœur…

Je continue à avancer sur cette partie sinueuse du Grand Bief. Sur ma droite, la ligne des arbres, au loin, délimite le tronçon de canal que je viens de dépasser. Plus que quelques centaines de mètres et je quitterai le tracé du canal du Midi. Je me réjouis d’avoir presque fini ma journée de marche quand je reçois un coup de fil du réparateur de mon ordinateur, qui m’annonce une mauvaise nouvelle. Décidément, ce n’est pas ma journée.

Pour couronner le tout, je découvre qu’il est possible d’avoir des ampoules… sur les épaules ! Le frottement du sac, conjugué à la chaleur, a donné naissance à deux énormes cloques…

J’atteins le dernier pont de la journée, le pont de la Croisade ou de Seriège, à Cruzy, à hauteur d’un ancien relais pour les chevaux de halage (aujourd’hui Auberge de la Croisade). Je bifurque sur la droite, et me dirige vers la route départementale menant à Ouveillan.

Encore un os ! La route est très fréquentée, et j’avance sur la bas-côté, frôlée par les voitures. Tout à coup, il n’y a plus du tout de bas côté ! J’appelle mon hôte airbnb pour savoir s’il est possible de couper à travers champs : non. Mais il se propose de venir me récupérer, car la route est trop dangereuse. Ouf !

Théodore, ancien mineur lorrain, s’est installé dans une charmante maison de village pour sa retraite. Je découvre avec joie ma chambre, au second étage*, que jouxte une terrasse tropézienne ! Cerise sur le gâteau, un frigo plein de bières que j’ai le droit de décapsuler contre une participation modique !

Je pars faire quelques courses à l’épicerie pour le lendemain, et achète un plat chez le traiteur vietnamien du village, On Nems. Youpi ! Une douche, de la bière, à manger, du wifi ! J’en profite pour décharger sur ma dropbox les photos accumulées.

Je contemple le coucher de soleil sur la terrasse quand tombe la dernière mauvaise nouvelle du jour : mon couchsurfer de Béziers m’annonce qu’il ne peut plus m’accueillir. Je lance un SOS auprès d’autres couchsurfers et sur les réseaux sociaux, fais des demandes de locations sur Airbnb. Pas de réponses. J’espère que ça va prendre, d’autant que l’étape du lendemain s’annonce à nouveau sans 4G.

Épuisée, à 22h (!), je me glisse dans mon lit douillet. On verra bien demain !

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Bilan : de Homps à Ouveillan –  33 km

dont environ 16 km à pied (quelques uns sous une pluie battante), 14 km en bateau-stop et 3 km en voiture.

Pour briller en société (et gagner des camemberts au Trivial Pursuit)

Le Grand Bief ou bief de Fonsérannes traverse 17 communes différentes entre Argens-Minervois, dans l’Aude, et l’échelle d’écluses de Fonsérannes, à Béziers.

On parle également de Grande Retenue pour désigner cette portion de canal, véritable prouesse technique de Riquet, qui est parvenu à maintenir la même altitude sur le tronçon de 54 kilomètres : le canal du Midi serpente au milieu du vignoble languedocien, à 31,35 mètres au dessus du niveau de la mer.

Aujourd’hui, c’est la seule partie du canal qui est navigable toute l’année, même quand les écluses sont fermées.

Prochaine étape

Étape 8 : de Ouveillan à Poilhes – 18 km

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