Canal du Midi Étape 1 : Toulouse-Baziège à pied

Première étape sur le canal du Midi pour tester mon équipement, et décrasser ma grande carcasse de cette vie de patachon vautré dans le stupre et dans l’adoration du gras à base de tapas noyés par une débauche de picrate tout au long de l’année mon organisme légèrement engourdi par l’inactivité hivernale (certes passagère). En dépit du bon sens du randonneur, qui voudrait que l’effort soit progressif, j’entame cette étape, qui sera l’une des plus longues, sans entraînement préalable.

Grande première pour moi : débuter un voyage à partir du seuil de ma porte, à Toulouse ! Me voilà donc au petit matin, marchant le long des allées de Brienne, pour rejoindre le port de l’Embouchure, point de départ du canal du Midi. Les Ponts-Jumeaux y font la jonction entre le canal du Midi et le canal de Brienne, un canal qui conflue avec la Garonne quelques centaines de mètres plus loin, et contourne ainsi la dangereuse chaussée du Bazacle. Un troisième pont a été créé par la suite ; il relie les deux premiers au canal de Garonne (aussi appelé « canal Latéral »), voie d’eau filant vers Bordeaux et connectant la ville rose à l’Océan Atlantique.

Ici donc se rejoignent océan, mer et fleuve. Et l’autre dénomination du canal du Midi, le « canal des Deux Mers », y prend tout son sens. Au cœur de ce carrefour de voies navigables, une magnifique fresque en marbre de Carrare, achevée par François Lucas en 1775 (un an avant la mise en service du canal de Brienne) célèbre cette prouesse technique sur quinze mètres de long.

Au centre du bas relief, assise sur un vaisseaux du Languedoc, l’Occitanie ordonne à deux génies de creuser le canal (symbolisé par l’homme se tenant à sa gauche). À sa droite, c’est la Garonne qui apparaît sous des traits féminins, entourée de toutes les richesses commerciales de la région.

Un selfie pour immortaliser le moment (et mes célèbres cernes matinales), et c’est parti !!

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Longer le canal dans le centre ville, ce n’est décidément pas la meilleure partie du voyage : l’ancien chemin de halage que l’on emprunte au début disparaît bien vite, et l’on doit alors remonter aux niveau de la route, sur une piste cyclable goudronnée, pour traverser Toulouse.

La marche commence au cœur des axes de circulation, dans un quartier excentré (les Ponts Jumeaux). On s’approche ensuite du Parc de Compans pour rejoindre les Minimes, puis la gare Matabiau, où ont été conservées deux maisons éclusières, et enfin le quartier Saint-Aubin. Les anciens aménagements qui se trouvaient aux abords du canal, notamment ceux du port Saint-Étienne (aujourd’hui disparu), sont très regrettés des toulousains qui les ont connus.

C’est au port Saint Sauveur que se trouve la capitainerie du canal du Midi ; elle accueille les plaisanciers dans un ancien hangar de stockage de marchandises. Tout à côté, la jolie terrasse du Bistrot du Port permet d’admirer les embarcations à quai, et de déguster plein de mini-tapas.

Pour ma part, ce sera un premier café, pris sur le pouce, avant de continuer mon chemin.

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Au bout du port, tout de suite après la passerelle qui franchit l’ouvrage de Riquet, s’ouvre la voie verte du canal, terrain de jeu privilégié des sportifs et des flâneurs. Après le pont des Demoiselles, qui n’a plus de charmant que son nom, elle passe devant les cales du Radoub, où se trouvent les ateliers de réparation de bateaux, et devant les serres municipales de la ville, avant de sinuer vers des quartiers plus périphériques.

Boulevard de la Marne, je prends le temps d’admirer une fresque haute en couleurs que l’artiste Reso a réalisée récemment (dans le cadre du festival Rose Béton) puis, juste à côté, l’immeuble La Pléiade, drôle de construction toute en rondeurs issue de la fantaisie architecturale des années 1970.

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Le parcours continue jusqu’au premier pont-canal, celui des Herbettes, le seul du canal qui enjambe une route (le périphérique toulousain, ou la « rocade »). À ce niveau, le halage change de côté et je dois rejoindre l’autre rive en traversant une passerelle qui chevauche la voie d’eau.

Le chemin étant partagé entre vélocipèdes et marcheurs, il faut serrer sa droite pour ne pas se faire écraser par certains cyclistes amateurs qui, dans leur imagination, sont en tête d’un contre-la-montre individuel. Ils laissent dans leur sillage grognements et insultes ; tant pis pour eux, je papote avec les familles de canards, ces derniers ayant l’air plus ouverts au badinage.

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Je passe, l’air de rien, la barre des 10 km sur le canal, et me rapproche doucement de Ramonville-Saint-Agne, qui possède deux ports. Le premier est un port d’escale technique de facture moderne. De nombreux mélomanes y font escale pour se restaurer aux Marins d’Eau Douce, avant d’aller se trémousser sur la piste du «Bikini», célèbre salle de concert installée à quelques mètres de là. Le «port Sud» est quant à lui un port de plaisance, une véritable marina urbaine pouvant accueillir plus de 70 bateaux à la fois.

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Un peu plus loin, un pont du XVIIIe, couvert de brique rouge, comme la plupart des ponts anciens du Lauragais, porte le joli nom de Mange-Pomme. Je m’arrête pour une première pause dans un parc ombragé, près d’un petit bassin. Ces espaces verts font partie d’un un site racheté par la mairie, comprenant également la ferme de Cinquante et ses 25 hectares de terrain, qui bordent un secteur où sont amarrées de nombreuses péniches d’habitation.

pont de Mange-Pommes XVIIIe Ramonvillechemin halage vers castanet canal du midiparc cinquante ramonville canal du midiparc cinquante ramonville canal du midipéniche habitation vers ramonville canal du midipéniche habitation vers ramonville canal du midi

Après Ramonville, les rencontres se font plus rares, et ce calme n’est pas pour me déplaire. J’apprécie également qu’on commence à se saluer lorsqu’on se croise. La politesse, bordel !

Ayant marché d’un bon pas, me voilà déjà parvenue à l’écluse de Castanet, dont la maison éclusière abrite un restaurant-salon de thé. C’est ici qu’est censée s’achever la marche du jour (à savoir 15 km). J’hésite. Il est tôt, il fait beau, je suis en forme, j’ai des réserves d’eau et un casse-croûte : je décide de continuer jusqu’à Baziège, encouragée par mes désormais meilleurs amis, les coin-coin.

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Je fais une courte halte à l’écluse de Vic, ouvrage datant de 1673 et remanié dans les années 1960. Sur la belle terrasse de la maison éclusière, les clients du foodtruck le Master du Chef se régalent de burgers et de grillades. Didier Carol, le propriétaire du camion, devrait investir prochainement la bâtisse pour y mettre en place chambres d’hôtes, restauration et service de location de canoës.

Je reprends la route après le pique-nique, quelques étirements, et un café. Je passe l’aqueduc de Rieumory, quatrième du canal, qui enjambe le ruisseau de Maury, un affluent de l’Hers-Mort.

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À hauteur du pont en dos d’âne de Pompertuzat, le paysage se transforme : on entre progressivement dans le Lauragais, véritable grenier à céréales de la région. Depuis le chemin de halage, je contemple l’alternance des champs de maïs, des champs de blé, des fermes …

Étonnamment, à quelques centaines de mètres de l’autoroute des Deux Mers, on entend bien plus le chant des oiseaux que la rumeur du trafic. Je craignais que le bruit des voitures ne soit omniprésent, mais en fait c’est tout-à-fait supportable.

Quant au trafic sur le canal, il est quasiment nul aujourd’hui : je ne croiserai que deux bateaux sur la journée, et encore, des navettes touristiques remontant vers Toulouse.

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Un peu avant Montgiscard, je m’arrête pour jeter un coup d’oeil à une pierre sur le côté du chemin. Il s’agit de l’une de nombreuses bornes délimitant le canal du Midi. Ces blocs de pierres taillés au carré ont été apposés le long de l’ouvrage à partir de 1764 pour couper court aux réclamations des riverains dont les terres bordaient le canal. Leur jalonnement a été calculé à l’époque en « toise » et en « pied-du-roi ». Chaque borne devant être visible depuis la précédente, les pierres sont donc plus proches les unes des autres lorsque le canal dessine des courbes. Certaines de ces bornes ont été réutilisées pour le réseau de nivellement mis en place par l’I.G.N. (j’en parlerai bientôt sur le blog).

bornage borne canal du midirepère nivellement canal du midivers montgiscard canal du midisignalisation canal du midi pompertuzat

J’atteins Montgiscard, et son beau lavoir ancien (pas de bonne photo pour cause de gros contre-jour) et puis le paysage change à nouveau : le chemin de halage monte légèrement, et je surplombe des berges à la végétation foisonnante, bien moins régulières qu’auparavant.

écluse de Montgiscard canal du midiécluse de Montgiscard canal du midiaprès montgiscard canal du midivers ayguevives canal du midipont de baziège 1841 canal du midiborne pont baziège canal du midi

Parvenue à Baziège, c’est avec regret que je quitte le canal pour rejoindre la civilisation. Encore 3 km, quelques détours dans cette petite ville (notamment pour voir l’Église Saint Étienne et son beau clocher-mur du XIVe), un peu d’attente à la gare, et me voilà déjà de retour à Toulouse.

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Du port de l’Embouchure de Toulouse à Baziège – 28km

Bilan

28 km le long du canal, et pas moins de 40km parcourus en tout dans la journée, le tout suivi d’une pétanque digne de ce nom avec les copains et Rafael, un couchsurfer brésilien de passage dans la ville rose (qui a du me prendre pour une timbrée) ! Mon oreiller a été écrasé comme de raison.

Espèces observées : joggeurs, mésanges, marcheurs nordiques (espèce endémique), canards

Flore : platanes, chênes, figuiers

Nombre d’écluses : 7

Mes proches savent qu’il y a un jukebox dans ma tête. Voici donc la playlist du jour, fredonnée en chemin : Stand on the World (Keedz / The Joubert Singers), Exactly like you (Aretha Franklin), The man who rules the world (David Bowie)

Nombre de fois où je me suis dis « Oh, qu’est-ce que c’est beau ! » : xxxxxxxxxx

Pour briller en société (et gagner des camemberts au Trivial Pursuit)

Le canal du Midi, c’est 240 km de voies navigables creusées entre Toulouse et l’étang de Thau, sur une idée original de Pierre-Paul Riquet. Ce dernier a mis la main à la poche (toute sa fortune personnelle) pour réaliser son rêve : relier l’Atlantique à la Méditerranée, à une époque où les bateaux contournaient encore le royaume d’Espagne par Gibraltar. Atteint de goutte, Pierre-Paul Riquet meurt en 1680, un an avant l’inauguration du canal du Midi (c’est con).

Le canal du Midi est le plus vieux canal d’Europe encore en service. Il aura fallu 12 ans de travaux et 8 ans d’études pour le réaliser. La largeur moyenne du canal au chenal (à la surface) est de 20 mètres, au fond de 11 mètres, pour une profondeur moyenne de 2 mètres. Il y a 63 écluses sur le canal, dont une octuple, une quadruple, 4 triples, 19 doubles et 39 simples.

Prochaine étape

Étape 2 – De Baziège à Avignonet-Lauragais – 22km

14 Comments

  • C’est vrai que les bords du canal du midi dans le centre-ville de Toulouse sont loins d’être les plus beaux … et les mieux fréquentés ><
    Mais après, tout s'apaise (une fois qu'on est un peu sorti de l'agglomération et des échangeurs autoroutiers !)

  • mzelle fraise dit :

    C’est top !! J’ai hâte de rejouer au Trivial Pursuit et gagner des camemberts grâce à toi 😉

  • Marguerite Paul dit :

    Bonsoir Alison, J’envisage d’emporter une tente, mais celle que j’ai me parait lourde 5/6kg. j’aimerais connaître le matériel que tu as emporté pendant ton périple. Penses tu qu’une tente Décathlon entre 2,5 et 3 kg et un sac de 50 litres puissent faire l’affaire ? D’autre part as tu trouvé facilement du couch-surfing ? Merci d’avance

    • alison alison dit :

      Bonsoir Paul ! J’avais envisagé l’option camping, mais j’ai vite déchanté en réalisant quel matériel il me faudrait emporter (tapis de sol, réchaud etc). Cependant, il y a pas mal de campings le long du Canal qui ont l’air sympa. Je n’ai pas osé faire du camping sauvage au bord du Canal : les lieux sont quasi déserts après 19h … et peuplés de moustiques, ragondins, et autres bébêtes locales.

      Pour le format du sac, je te conseille de le revoir (si possible) à la baisse. L’option tente légère me paraît pas mal. Pour ma part, je suis partie avec le strict minimum, contenu dans un sac de 30 litres (entre 6 et 8kg). Entre l’Étang de Thau et Toulouse, le chemin de halage est parfois en mauvais état, caillouteux, ou étroit et creusé par les roues de vélo … donc attention à ne pas partir trop chargé !

      Contrairement à ce qu’on pourrait penser, il y a beaucoup de couchsurfers à la campagne, tu devrais donc normalement trouver des hôtes sans peine (plus facile hors des vacances scolaires). Mais il te faudra organiser tes étapes en fonction des hébergements. Petite astuce : j’avais publié un « public trip » pour chacune de mes étapes sur le site, et plusieurs personnes m’ont spontanément proposé le gîte.

      Les chambres chez l’habitants (airbnb etc) sont abordables en ville, mais à proximité du Canal, le tarifs débutent à 30/35€ la nuit.

      Tu peux aussi consulter ce site, Le Canal des 2 Mers À Vélo, notamment la rubrique « étapes » proposant des cartes interactives avec hébergement, point d’eau, épicerie, etc

      Je te laisse aussi le nom d’un gîte d’étape très original, le Relais Occitan du Domaine de Beauvoir, entre Capendu et Marseillette, où tu pourras dormir dans un foudre de vin ! (22€ avec le petit déjeuner)

      • Marguerite Paul dit :

        Bonjour Alison,
        Grâce à toi, je suis reparti du 18/09 au 9/10 en randonnée du Cap d’Agde à Lacanau 587 km en 22 jours. J’avais choisi l’option camping avec une tente de 2,2 kg, c’était impeccable jusqu’à la fin septembre car après beaucoup de camping et même de chambres d’hôtes étaient fermés mais j’ai toujours trouver un endroit pour dormir (les fameux foudres du relais occitan, une yourte, un vieux manoir, une ferme…) J’ai souvent trouvé les berges fermées pour cause d’abatage de platanes et forcé les barrages, je me suis fait engueuler mais on m’a laissé passer sauf 2X où j’ai fait un long détour. Voilà, je suis très content de ce parcours quelquefois un peu routinier sur la partie après Toulouse mais cela permet de se retrouver face à soi même et c’est aussi un beau voyage. Merci d’avoir réveillé en moi l’envie de partir. portes toi bien. bonne journée.
        Paul

        • alison alison dit :

          Bonjour Paul,

          Et bravo pour cette belle performance !
          Je suis ravie d’avoir pu – à ma modeste échelle – participer un peu à ton aventure !
          Je pense créer prochainement une page dédiée aux photos de randonnées le long du Canal du Midi, je te tiendrais au courant, comme cela tu pourras partager avec nous les souvenirs de ton aventure ! Bonne continuation et à bientôt par ici.

          Alison

  • Marguerite Paul dit :

    Bonjour Alison,
    Bravo pour ce joli parcours et merci pour le texte et les images.
    Après Compostelle je cherchais une rando du même type et je suis arrivé sur votre blog. Cela m’a emballé et m’a donné l’envie de partir pour un projet Agde Lacanau en suivant le canal du midi et la voie verte après Toulouse. Puis je me permettre de revenir vers vous pour des questions sur les étapes et sur le matériel. (pas de tente sur le Camino). Cordialement, Paul

  • Marie JULIEN dit :

    J’adore te lire, quel plaisir ! Merci Al c’est exceptionnel et génial ta démarche et tu écris si bien

  • Lili dit :

    Hâte de lire la prochaine étape !

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